Dieu «était» un humain

Le samedi 3 novembre 2018, Le Nouvelliste consacrait un grand espace de ces pages d’Opinions à une autorité ecclésiastique.

Monseigneur Gazaille, évêque du diocèse de Nicolet, nous informe que les évêques du Canada approuvent un changement dans la récitation du «Notre-Père». Ainsi, il ne faudra plus dire «ne nous soumets pas à la tentation», mais plutôt «ne nous laisse pas entrer en tentation», car, selon l’Église catholique, Dieu, dans sa perfection, ne pouvait pas avoir eu l’idée de créer la tentation au mal pour éprouver ses enfants! Ne pouvait-on pas simplement changer le mot tentation par le mot épreuve?

Pourtant, selon la Genèse (livre saint), c’est Dieu qui éprouva Adam et Ève jusqu’au péché originel, celui d’avoir mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Lisons Jean Meslier, prêtre: «Quoi! Il aurait envoyé aux premiers chefs du genre humain, Adam et Ève, un démon, un Diable, ou un simple serpent, pour les séduire, et pour perdre par ce moyen tous les hommes? Cela n’est pas croyable.» (Testament du curé Jean Meslier, 1664-1729).

Il faut conclure que les hautes autorités de l’Église catholique se rangent finalement du côté du curé Meslier, lequel se déclara athée dans son célèbre testament publié en 1762 par Voltaire.

Il n’y a que l’humain qui peut, par la puissance de son cerveau, imaginer et créer Dieu et Diable, lesquels font le bien et le mal. Belle rectification de l’Église catholique, sinon Dieu passait pour un humain!

Ce sont les humains qui créent le bien et le mal par leurs actions quotidiennes envers eux-mêmes, leurs semblables et la planète. Effectivement, monseigneur, ce n’est pas Dieu qui peut soumettre l’humain à la tentation: Dieu est très probablement une invention des hommes pour nous soumettre à une autorité qui condamne tout un chacun. Et les épreuves de la vie sont universelles; nul n’y échappe. Il faut toutes et tous les conjuguer de notre vivant, prières ou non; seule la mort nous en délivre.

Nous sommes tous responsables de nos actions vertueuses ou vicieuses. Dès que nous atteignons l’âge de raison (autour de 7 ans pour la multitude), chacun doit choisir quotidiennement l’œuvre qu’il fera de sa mystérieuse existence: bonne ou mauvaise?

Dès ce jeune âge, nous ne sommes plus les enfants d’un père céleste, vengeur ou bienveillant, très probablement inexistant et imaginé. Oui, ce monde est mystérieux, et l’humain n’est qu’une infime poussière qui pense, imagine et cherche à comprendre cette réalité par ses connaissances. Une poussière qui pense et qui retournera poussière.

Croire au paradis tient de la foi; cette lapalissade confirme notre condition humaine. L’absurdité de la vie l’est dans sa finitude, non dans son vécu. Malgré cette absurdité, la mort est une délivrance. Lorsque l’absurdité de la vie se réalise en cet instant de sa fin et du commencement de la mort, il y a une paix qui naît. L’absurdité de la vie, mortelle pour l’éternité, nous délivre des souffrances du mal et celles des tentations vitales aux plaisirs de la vie et ses épreuves incontournables. Croire au paradis, c’est croire en la mort.

Incroyable ce que l’humain peut créer. L’imagination humaine est sans frontière, sans limites. Et ce mystère est complet en soi: une destruction qui crée une paix pour l’éternité.

C’est ce qu’on a appelé le mystère de la vie et de la mort.

François Champoux

Trois-Rivières