Deux tragédies qui ne devraient laisser personne indifférent

OPINIONS / Les lecteurs assidus du Nouvelliste se sont réveillés avec deux bien tristes nouvelles en ce mardi 16 avril: l’incendie majeur de la cathédrale Notre-Dame de Paris et le décès tragique d’une toute jeune femme de chez nous, Émilie Houle, qui s’est enlevée la vie à seulement 23 ans, après avoir fait part, dans une longue lettre posthume, de son mal de vivre et de son impossibilité à trouver de l’aide dans le système de santé actuel.

Malgré le drame vécu par nos compatriotes français et l’émoi de la planète entière devant le triste spectacle de la cathédrale en flammes, on apprendra dans les heures qui suivront l’incendie, et on ne peut que s’en réjouir, que des sommes colossales en dons de toutes sortes parviennent déjà de plusieurs mécènes, et de partout à travers le monde, pour que ce joyau historique, culturel et religieux puisse au plus tôt renaître de ses cendres.

Pendant ce temps, plus près de nous, les proches d’Émilie, et tous ceux qui ont été consternés par l’annonce de sa mort, savent trop bien que rien ne pourra la ramener, son geste a été fatal et décisif, sans appel, sans retour en arrière. Quelle tristesse que ce mal de vivre à cet âge, et parfois même plus jeune encore. On parle beaucoup de santé mentale, mais qu’en est-il de la santé spirituelle?

Depuis toutes ces années où on se penche sur le problème du suicide, j’éprouve toujours un grand malaise et une grande tristesse en constatant que dans les plans d’intervention et dans les différentes campagnes publicitaires sur la question, toute référence au sacré, au transcendant, à Dieu, est écartée du discours, voire de la solution.

Pourquoi? Devant un si grave problème de société et de santé publique, toutes les avenues possibles pour en arriver à une solution devraient être envisagées. Nulle ne devrait être écartée ou disqualifiée pour quelque raison que ce soit.

En tant que communauté religieuse, nous avons accompagné au cours de nos 45 années d’existence des personnes à tendance suicidaire et aucune n’est passée à l’acte. Il n’y a bien sûr aucune recette miracle ou applicable indifféremment à tous, mais l’amour, l’accueil inconditionnel, le temps donné gratuitement, l’écoute, le recours à la prière, la proximité avec celui qui souffre, sont des ingrédients qui ont fait leurs preuves. Jésus n’a-t-il pas dit: «Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous donnerai le repos»?

À la Messe chrismale célébrée à la cathédrale ce même mardi soir dernier, l’Évangile de Luc nous rappelait ce passage où Jésus affirme ceci: «L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.»

Jésus ne nous rappelle-t-il pas ici que tous ont droit au bonheur et à la vraie liberté. Les personnes qui sont aux prises avec des pensées suicidaires sont-elles libres? Elles portent souvent en elles-mêmes de grandes souffrances, de lourds fardeaux. Le mal de vivre qu’elles cherchent à exprimer porte souvent les noms de trahison, abus, violence, déception, colère, rancune. Ces personnes doivent être accueillies avec respect, empathie et compassion, et l’on doit prendre tout le temps nécessaire, mais cela ne s’achète pas, ne se monnaye pas.

Jésus a dit aussi: «Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.» C’est mon souhait pour tous et chacun.

La vie vaut la peine d’être vécue et tous ont droit de la vivre pleinement.

Frère Denis Carrier

Les Pauvres de Saint-François

Trois-Rivières