Deux minutes d’humanité

Je suis une enfant du milieu communautaire. Mes parents y ont œuvré toute leur vie. J’y travaille également depuis maintenant quinze ans. Cette semaine, par un concours de circonstances, un intervenant de la Société Parkinson Mauricie–Centre-du-Québec, que je ne connaissais pas, a gentiment accepté de me dépanner en apportant pour moi des documents à La Tuque. En arrivant sur place, il terminait une rencontre avec des personnes atteintes de cette maladie. En deux minutes seulement, j’ai vu une main sur l’épaule, un sourire rassurant, rempli d’empathie et surtout une grande ouverture et beaucoup d’écoute.

Vivre avec un tel diagnostic doit être terriblement paniquant, imaginez si en plus ces personnes devaient vivre seules avec cette angoisse. Ces deux minutes dont j’ai été témoin m’ont bouleversée. Ce qui m’a frappé, c’est à quel point nous sommes importants, à quel point, sans ces milliers d’intervenants œuvrant dans une multitude de secteurs d’activités, la société serait différente et à quel point il y aurait de personnes seules, fragilisées.

Le communautaire est un havre de gratuité et d’humanité dans cette société où tout se calcule, se monnaye, se déshumanise.

Imaginons un peu ces deux minutes d’humanité transposées aux 4000 organismes communautaires de la province. Quatre mille organismes communautaires où les travailleurs font ces petits gestes naturels pour eux chaque jour pour des salaires ridicules. Ce sont eux qui prennent soin des plus démunis, des plus vulnérables, des plus malchanceux et des plus malmenés de notre société. Les jeunes, les aînés, les femmes, les enfants, les malades, les pauvres, etc.

Ces organismes les nourrissent, les écoutent, les accompagnent dans leurs démarches, les informent, les rassurent et plus encore. Voilà pourquoi notre organisme participe aux actions de notre regroupement local, la Corporation de développement communautaire de Trois-Rivières, dans le cadre de la campagne unitaire «Engagez-vous pour le communautaire».

Le milieu communautaire est le prolongement du système de santé et de services sociaux du Québec. Nous ne coûtons vraiment pas cher à l’État pour les services rendus et pour l’argent que nous lui sauvons. Imaginons l’engorgement des hôpitaux, des CLSC et même chez les députés si nous n’existions pas!

Malgré cet état de fait, il n’y a pratiquement pas d’indexation à notre financement, pas d’augmentation et surtout, aucune reconnaissance. Récemment, il y a eu une vaste consultation sur la possibilité d’une grève pour réclamer un financement adéquat, le respect de son autonomie et un réinvestissement dans les services publics et les programmes sociaux. La majorité des groupes a refusé pour ne pas prendre les bénéficiaires de nos services en otage. Cette position est à l’image de leurs valeurs: faire passer la personne avant l’argent. Et l’État en profite grandement.

Le problème est que ces joyaux de la société s’essoufflent. Il faut leur donner la reconnaissance qu’ils méritent et cela passe par un financement convenable pour offrir les services et pour être en mesure de payer les travailleurs et travailleuses à juste prix.

Merci à tous ces intervenants qui prennent soin de nos plus démunis, vous faites la différence! Plus encore, vous faites des miracles avec tellement peu.

Bravo pour votre humanité!

Virginie Rainville

CIBES de la Mauricie

Trois-Rivières