Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Deux cent quarante-huit dollars

Le sempiternel paradigme électoraliste vient à nouveau de s’exprimer à Québec. Les cadeaux d’avant Noël offerts par le lutin Leitão nous sont tombés dessus. Toutefois, une question émerge: comment un gouvernement imposant l’austérité il y a à peine 18 mois, par une réduction de la taille de l’État québécois et une croissance freinée de ses budgets, peut-il se permettre de faire glisser de sa poche de père Noël de telles annonces? Quelques centaines de dollars seront remis aux «contribuables» en cadeaux fiscaux ou en diminution de taxes scolaires. Ces sommes proviennent des récentes années de vaches maigres, où notamment en éducation et en santé, les taux de croissance des budgets ont été faméliques. Des coupures sauvages furent également appliquées aux budgets des transports, à la SEPAQ (gestion des parcs au Québec) et à de nombreux autres postes budgétaires.

Ce gouvernement entend financer sa tentative de réélection en réinjectant des fonds économisés des années de non-investissement ou de non-indexation des budgets. Ce sont autant de techniciens et techniciennes en éducation spécialisée qui n’ont pas été embauchés ces dernières années dans les commissions scolaires; ce sont les postes de sexologue ou de téléphoniste coupés dans notre cégep; ce sont des routes moins bien entretenues; c’est également le budget en culture réduit, etc. Autrement dit, ce gouvernement côtoie l’indécence en redistribuant des sous forme de cadeaux des sommes engrangées ces dernières années.

À cet égard, je profite de cette tribune pour saluer l’entrevue menée par Gérard Filion à la SRC le 21 novembre dernier. Le ministre des Finances se refusait de répondre à la seule question prévalant: comment est-il possible d’avoir coupé tant et maintenant, en cette veille électorale, redistribuer «généreusement» le fruit de ces coupures?

Ce gouvernement exprime un mépris historique à l’encontre de celles et de ceux, identifiés sous le vocable restrictif de contribuables, à qui il offre un cadeau empoisonné. Je saisis donc l’occasion d’unir ma voie au mouvement des 248$ à remettre à la communauté. De mon côté, je vais retourner cette somme dans un organisme communautaire de mon patelin. Et ce ne sont pas les missions ou les causes qui sont manquantes! Le logement social, le soutien à la famille, l’action bénévole, etc.

Ce gouvernement mène, de pair avec ses sbires de certains milieux d’affaires et une droite néo-libérale, une opération à peine déguisée de réduction de la taille de l’État et de sa capacité réelle à soutenir et à investir, par de l’injection «individualsiée» en ces bas de Noël financiers! De ce fait, le gouvernement Couillard est manipulateur, mensonger et contributeur de discorde sociale. Il aurait mieux valu injecter dans les écoles publiques, la culture pour tous-toutes, nos parcs à consolider, nos routes à entretenir ou le transport collectif à développer, nos hôpitaux et son personnel épuisé à mieux soutenir, que de se porter en défenseur de la capacité individuelle à dépenser.

Je m’insurge contre ce mouvement visant à nous individualiser l’un de l‘autre par la consommation de quelques dizaines de dollars glissés dans nos poches; cette opération digne du jeu du Monopoly, vise à réduire la capacité collective de l’État à agir et à charmer une partie de l’électorat. La duperie doit cesser!

Dans cette foulée, je nous invite à poser un geste solidaire. Bien entendu, pour celles ou ceux qui jugeront avoir un besoin vital de palier à un manque financier, ce montant sera précieux. Mais pour toutes celles et ceux qui ont un espace relatif dans leurs finances personnelles, je vous invite à joindre le pas… le pas de la congruence sociale. Je nous invite à choisir nos communautés et à faire le choix de partager avec un organisme en besoin, de nos milieux. Dans ma communauté à Nicolet, si 500 personnes-contribuables font le choix de transférer ces sommes reçues en don remis à la communauté, c’est plus de 100 000 $ que nous pourrons remettre instamment à des organismes du milieu. Qui embarque? Il suffit de rejoindre, je le suggère, votre Centraide ou une corporation de développement communautaire de votre milieu pour avoir accès à une liste d’organisations en besoin… de partage!

Vive la solidarité et le partage!

Et non à la magouille de ce gouvernement indécent.

Jean Fournier

Nicolet