Adis Simidzija

Désinstitutionnalisons la politique

Lorsqu’on entend M. Aussant parler de sa «famille naturelle» pour justifier son retour dans un Parti québécois naufragé qu’il a trahi pour fonder un autre parti qu’il a fini par trahir aussi, lorsqu’on entend M. Legault présenter son programme libéral maquillé de fond de teint bleu poudre comme étant celui du changement, lorsqu’on entend M. Couillard mettre la faute sur le gouvernement Marois – qui a été au pouvoir un peu plus d’un an – pour les mesures d’austérité imposées par les libéraux depuis plus de 15 ans, il est difficile de s’empêcher de penser que ceux qui nous donnent la représentation la plus vraisemblable de la politique sont les caricaturistes.

Comment M. Aussant peut-il, par exemple, sur le plateau de Tout le monde en parle faire un plaidoyer pour la langue française et enchaîner son entrevue avec plusieurs anglicismes? Le «Bonjour/Hi» dérange M. Aussant, mais pas ses expressions qu’il utilise lors de son passage: one on one, chill, etc. Il faut un minimum de rigueur lorsqu’on défend une chose aussi noble que la langue de Molière. Et un peu de sérieux lorsqu’on veut devenir un «représentant du peuple».

La palme de l’opportunisme cette semaine ne revient pas à M. Aussant, même s’il est un sérieux aspirant. Elle revient plutôt à Chantale Rouleau, récemment élue mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, qui a cédé sa place pour se présenter sous les couleurs de la CAQ à la prochaine élection provinciale. Mme Rouleau a affirmé en entrevue à RDI à l’émission 24/60 qu’elle avait été approchée très récemment par le parti. Il lui semblait tout à fait naturel de trahir à son tour les électeurs qui l’ont élue au niveau municipal pour se présenter et espérer être élue à l’Assemblée nationale en octobre prochain. Comment peut-on faire confiance à ces personnes qui parlent au nom du «peuple» comme si la notion de «peuple» était une chose homogène?

Comment sortir la politique de ce carcan caricatural institutionnel? En la désinstitutionnalisant.

Québec Solidaire n’a longtemps pas été pris au sérieux comme parti politique jusqu’à ce qu’il institutionnalise son discours. Il est là le problème. On oublie l’essence même de la politique. On oublie qu’elle se fait dans la banalité du quotidien. À la table à manger. Dans les salles de cours. Dans la rue lors de manifestations. Elle se fait partout, en tout temps. Autant au travail qu’à l’épicerie. Elle s’exerce consciemment et inconsciemment. On pourra voter tant qu’on voudra. Faire élire qui on voudra, incluant le parti que je représenterai aux prochaines élections, rien ne changera tant qu’on ne libérera pas la politique de ces institutions insidieuses.

Ce n’est pas au cynisme des gens face à la politique institutionnelle que je vais m’attaquer durant ma campagne électorale. Les personnes ont raison d’être cyniques. Ce à quoi je vais m’attaquer, c’est à l’hypocrisie politicienne. Ce n’est pas en faisant du porte à porte que je ferai campagne. C’est en continuant à exercer mon métier d’intervenant psychosocial. Ce n’est pas en vous faisant des promesses que je ferai campagne. Ce n’est pas en fonction d’être élu que je ferai campagne, mais en fonction de représenter une réalité que je connais de l’intérieur. Je ferai campagne pour rappeler qu’à Trois-Rivières, le problème de l’accès au logement est bien réel. Que le transport en commun est inefficace. Que l’itinérance est cachée. Que les travailleuses et travailleurs en ont marre d’être exploités et sous-payés. Je ferai campagne pour qu’on entende autre chose que des bassesses électoralistes. Qu’on tente de construire quelque chose par la suite. Une opposition solide et durable, que je sois élu ou pas.

Votez pour qui vous voudrez le premier octobre prochain. Abstenez-vous, ou votez blanc, mais n’oubliez pas qu’il faudra se battre quotidiennement. Se battre pour que nous n’ayons plus besoin de députés pour porter notre parole, votre parole.

Adis Simidzija

Candidat pour le Parti Vert du Québec dans Trois-Rivières