Des travailleurs qui devraient être reconnus pas seulement en temps de crise

OPINIONS / L’auteur, Luc Vachon, est président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Il est stupéfiant de voir comment une crise comme celle que nous traversons actuellement vient mettre en évidence l’importance de certains secteurs d’activités, de leurs emplois et des gens qui y œuvrent. On les voit tous les jours, ils sont en première ligne. Alors que de la plupart des Québécois doivent arrêter de travailler et rester chez eux et qu’une grande partie des activités sont mises sur pauses afin d’assurer une plus grande sécurité publique. D’autres continuent de travailler pour que nous puissions continuer de vivre presque normalement et subvenir à nos besoins essentiels. Que ce soit les gens qui nous soignent, les gens qui nous nourrissent ou celles et ceux qui s’assurent que nous continuions de bénéficier de services publics. La crise sanitaire que nous traversons met en lumière tout à coup ces personnes qui sont si importantes dans nos vies et que trop souvent nous négligeons.

Tous les salariés qui œuvrent dans le secteur agroalimentaire travaillent très fort ces jours-ci. Ils s’assurent que les chaînes d’approvisionnement soient maintenues. Ils s’assurent que nos épiceries fonctionnent presque normalement dans un contexte extrêmement difficile. En nous rendant à l’épicerie, nous avons maintenant tous une pensée pour les travailleurs qui y travaillent. Ces travailleurs s’exposent, eux et leurs familles, aux risques engendrés par la COVID-19 pour faire en sorte que nous puissions nous nourrir et subvenir à nos besoins primaires.

Depuis quelques jours, nous commençons à voir l’apparition de «primes de reconnaissance», une prime de 2 $ de l’heure, souvent malheureusement associée à certaines conditions pour y avoir droit, afin de récompenser le dur labeur de ces salariés, qui pour la plupart, gagnent, rappelons-le, très souvent moins de 15 $ de l’heure. Nous ne pouvons naturellement pas être contre de telles primes. Mais cela ne devrait-il pas nous éveiller sur les conditions de travail et salariales qui s’appliquent en temps normal pour ces femmes et ces hommes qui occupent ces emplois.

La crise actuelle met de l’avant des emplois qui ne sont pas reconnus en temps normal. Ce n’est pas seulement lorsque nous vivons une crise que nous devrions reconnaître l’importance de ces salariés, mais tous les jours, peu importe la situation. Nous nous battons depuis des années pour l’amélioration de conditions de travail et pour que le salaire minimum soit augmenté à 15 $ de l’heure. Ces travailleurs ont des emplois difficiles, ils sont essentiels dans notre vie quotidienne, nous en prenons pleinement conscience aujourd’hui.

Nous devrions tirer des leçons de la crise sanitaire en ce qui a trait aux conditions de travail qu’ont les personnes dans ces secteurs d’activité. Nous les considérons aujourd’hui avec plus d’importance, comme essentiels. Mais qu’en sera-t-il une fois la crise derrière nous? Terminé le 2 $, ils ne le vaudront plus, ils retourneront aux conditions qui prévalaient avant comme si de rien n’était? Ils retourneront dans l’ombre?

Il faudrait commencer à réfléchir à l’échelle des valeurs sociales que nous donnons à ces emplois. Nous parlons ici des travailleurs de l’industrie agroalimentaire parce qu’ils sont visés par une prime de 2 $, mais nous pourrions aussi parler des préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans les résidences privées et qui ont des salaires près du salaire minimum alors qu’elles doivent poursuivre leur travail exceptionnel dans des conditions que très peu d’entre nous seraient prêts à supporter. Il faut que les choses changent et que nous reconnaissions ces travailleurs convenablement pas seulement aujourd’hui dans le contexte actuel, mais tous les jours, parce qu’ils le méritent même quand ça va bien.