Les professeurs sont devenus des fonctionnaires de l’État qui doivent marcher au pas avec la complicité des syndicats... et des parents qui en ont plein les bras avec toutes sortes d’activités plus importantes que l’éducation de leurs enfants, de leurs adolescents.

Des professeurs: les uns et les autres

J’ai bien lu le texte de Christian Bouchard, qui est un ami de longue date, publié dans Le Nouvelliste du 5 janvier dernier, et je l’en remercie.

En réaction au texte de Christian Bouchard intitulé «École: la quadrature du cercle», publié dans le cadre de notre série «Regard sur 2017» le 5 janvier dernier.

Évidemment, ce genre de texte stimule la réflexion. Mais il ne faut pas oublier qu’avec la Révolution tranquille, nous avons voulu que l’État étende ses tentacules dans tous les domaines de l’existence, à commencer par celui de l’éducation.

C’est dire qu’aujourd’hui, nous en récoltons des fruits qui s’avèrent de plus en plus indigestes: les professeurs sont devenus des fonctionnaires de l’État qui doivent marcher au pas avec la complicité des syndicats... et des parents qui en ont plein les bras avec toutes sortes d’activités plus importantes que l’éducation de leurs enfants, de leurs adolescents.

De sorte que, tranquillement, mais sûrement, la pensée unique s’affirme et le recours aux stéréotypes exprime une économie de pensée qui laisse croire que «le bien-être de chacun, la formation de chacun, l’avenir de chacun» reposent sur l’engagement de tous! Ainsi voir les choses comme elles sont n’est pas au programme du ministère de l’Éducation. À cet égard, le savoir s’est obscurci. Et le plus important dans l’oeuvre de nos maîtres demeure la partie pathologique, le diagnostic.

L’idole de la Science a été brisée en mille morceaux. Ne vit-on pas de plus en plus sous le règne de la désintégration? On dirait que tout se passe comme si la conscience du «savant pédagogue» s’acharnait à réunir, de tous les points de l’horizon, des moyens efficaces qui lui permettraient de «s’éclater» afin de ne plus rencontrer son visage.

Reconnaissons-le: les exigences du professeur retraité du Collège Laflèche semblent être aux antipodes de ce requiem pour le sujet prononcé à notre époque par de nombreux auteurs à la mode, aux yeux desquels l’existence individuelle ne serait qu’une illusion, une idée provisoire, un simple produit du hasard et de la nécessité, récemment apparu et en voie de disparition rapide, sans consistance réelle et sans pouvoir d’initiative au sein des déterminismes matériels et sociaux qui décident de son destin.

D’où ce je-ne-sais-quoi de réactionnaire qui s’abrite derrière des attitudes comme la mienne. Dans sa préface au Crépuscule des illusions du professeur Georges Gusdorf, Charles Porset observe: «À travers les vicissitudes de la culture, les questions demeurent, celles à partir desquelles il appartient à chacun de définir son identité propre. La question posée à Oedipe, aux origines de la mythologie d’Occident, la question de l’Homme. Et, corrélativement, la question du Monde et celle de Dieu». Soit des questions que nos responsables de l’éducation préfèrent taire... pour mieux parvenir à l’équilibre de l’ataraxie, là où nous n’aurons plus qu’à jouer à l’existence comme on joue une pièce de théâtre, en recourant si nécessaire aux drogues chimiques et idéologiques qui nous ouvriront «les portes de la perception», la prison des normes et la cage du moi!

André Désilets

Trois-Rivières