Des «pelleteux de nuages» ? Non, des «faiseurs d’arcs-en-ciel» !

J’ai souvent entendu cette expression, les chercheurs sont des «pelleteux de nuages». Plus jeune, j’aimais cette image. Mais en même temps… Y a-t-il quelque chose de plus inutile que de pelleter les nuages? Ça mène où, ça sert à quoi!? Alors que la recherche a tellement d’effets positifs pour la société… Alors que tant de recherches sont très près des gens, de leurs besoins… Je propose donc cette nouvelle expression: les chercheurs, des «faiseurs d’arcs-en-ciel!».

Pourquoi les arcs-en-ciel? Parce que, tout comme il n’y a pas deux arcs-en-ciel identiques, il n’y aura pas deux projets de recherche exactement pareils: les sujets de recherche sont tellement variés! Les différentes couleurs d’arcs-en-ciel représentent les différents domaines de recherche: de la santé et de l’éducation à l’histoire et les sciences comptables en passant par les arts et bien d’autres encore! Malgré cette variété, il ne faut pas oublier que tout comme les arcs-en-ciel ont la même structure générale (un arc dans lequel on voit les différentes couleurs), les différents projets de recherche ont eux aussi un cadre rigoureux: la démarche scientifique. Il faut une longue formation afin d’arriver à maîtriser cette démarche et maximiser les retombées issues du projet.

Tout comme un arc-en-ciel apparaît uniquement lorsque certaines conditions sont réunies (de l’eau en suspension dans l’air et traversée de la lumière), plusieurs conditions sont nécessaires pour qu’un projet de recherche voie le jour. Mes projets visent principalement à trouver comment mieux identifier les enfants qui ont un trouble de langage et comment faire pour rendre encore plus efficace l’intervention orthophonique. Ces projets nécessitent la participation d’adultes et d’enfants, ce qui peut être fait que lorsqu’un comité d’éthique de la recherche avec les êtres humains approuve le projet… et que des citoyens généreux de leur temps acceptent d’y participer! Il faut aussi de l’argent pour payer les assistants de recherche, le matériel requis, etc. C’est généralement par l’obtention d’une subvention que cet argent est disponible, à la suite de la participation à un concours pour lequel un long document présentant notre projet et notre curriculum vitae de chercheur sont soumis. C’est un comité formé d’autres chercheurs qui détermine si notre projet mérite d’être financé ou non. Le nombre de projets subventionnés est variable, selon le montant disponible pour le concours… Et tout comme il n’y a pas toujours un arc-en-ciel après la pluie, plusieurs excellents projets de recherche ne se font pas par manque de financement ou de participants.

Finalement, tous les arcs-en-ciel n’inondent pas également le ciel de ses couleurs… tout comme les projets de recherche n’ont pas tous la même visibilité. Une étape importante d’un projet de recherche est la diffusion des résultats: participations à des colloques et congrès, ateliers de formation continue, enseignement aux étudiants, etc. Sans oublier l’écriture d’articles scientifiques, qui implique d’écrire et de réécrire le texte soumis pour publication à la suite de critiques offertes par d’autres chercheurs lors de la révision par les pairs. Il faut travailler d’arrache-pied pour partager le nouveau savoir, dans un processus qui est souvent long et difficile, régulièrement ponctué de refus, mais oh! combien satisfaisant lorsqu’il est récompensé par la publication de nos travaux.

Que la direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) propose des conditions de travail qui nuiraient à notre capacité à faire de la recherche, qu’elle impose un lock-out qui nous a empêchés d’enseigner, de faire de la recherche et de nous impliquer dans le service à la collectivité est inquiétant - et démoralisant. La recherche doit être valorisée: elle permet de mieux comprendre le monde, elle permet à la société d’avancer, d’évoluer! Il est important que la recherche reste une priorité à l’UQTR, afin que les futurs étudiants-chercheurs souhaitent venir y étudier. Et de la relève potentielle, il y en a: êtes-vous allé à la Finale québécoise de la Super Expo-science Hydro-Québec à Shawinigan? Il y avait là de jeunes «faiseurs d’arcs-en-ciel» entre 12 et 20 ans intéressants, parfois même franchement impressionnants !

Marianne Paul,

orthophoniste, MSc(A), MSc, PhD

Professeure au département d’orthophonie de l’Université du Québec à Trois-Rivières