fusil carabine

Des larmes, des armes et des alarmes

L’auteur, Bernard Thompson, est le maire de la municipalité d’Hérouxville. Il réagit ici à l’éditorial de Martin Francoeur intitulé «Des maires qui font fausse route», publié dans notre édition du 1er février dernier.

J’ai toujours pensé qu’il appartenait à un éditorialiste de s’imposer une certaine réserve ou retenue lorsqu’il traite d’un sujet sensible issu de l’actualité. De faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque pourrait conduire à un manque d’objectivité ou nous faire adopter un ton condescendant plutôt désagréable pour le lecteur.

Je ne crois pas que l’éditorialiste Martin Francoeur ait usé de prudence lorsqu’il a publié son édito intitulé «Des maires qui font fausse route». À l’inverse de l’éditorialiste, dans le monde municipal, le maire et ses conseillers s’imposent un devoir de réserve qui se traduit à travers des discussions et des échanges menant à l’adoption de résolutions généralement appuyées par la majorité. C’était le cas pour la résolution d’Hérouxville ayant trait à la loi sur les armes à feu.

Dès le premier paragraphe de son éditorial, M. Francoeur porte un premier jugement en prétendant que les maires veulent «faire plaisir à quelques chasseurs de leur coin». Quelques? Où détient-il une telle statistique? Il y aurait 1,6 million d’armes en circulation pour quelques chasseurs? Aussi, ne devrait-il pas savoir que le rôle d’un conseil municipal n’est pas de faire plaisir mais bien d’être à l’écoute des préoccupations de ses citoyens quel que soit l’enjeu?

Mais encore, lorsqu’au deuxième paragraphe il écrit que «le maire d’Hérouxville entend profiter de son statut de préfet de la MRC de Mékinac pour encourager ses collègues maires à faire de même. Ça, c’est pitoyable», ne porte-t-il pas un jugement hâtif presque diffamatoire, surtout que l’intervention dans ce débat est celle du maire d’Hérouxville et non du préfet de la MRC? D’ailleurs, tout maire ne peut-il pas légitimement demander à ses confrères maires d’appuyer une résolution adoptée unanimement par son conseil municipal? C’est le privilège d’un élu, peu importe son statut dans la hiérarchie municipale.

Mais encore, au troisième paragraphe, on peut lire: «D’abord, on se demande bien dans quel intérêt les municipalités décident d’intervenir sur une question aussi sensible». Tiens donc, les sujets sensibles ne sont réservés qu’aux journalistes? M. Francoeur nous juge inaptes à traiter de questions sensibles?

Quatrième paragraphe, on y lit: «Histoire, sans doute, de se faire apprécier par une certaine clientèle électorale». Voilà un jugement gratuit dissimulé dans une phrase assassine. Plutôt inacceptable au plan éthique, sinon où se situe l’honnêteté intellectuelle dans ce propos?

Cinquième paragraphe, on lit encore: «Doit-on, ici, rappeler aux élus municipaux en question que la loi est adoptée depuis le 9 juin 2016? Et elle l’a été par une vaste majorité de députés à l’Assemblée nationale: 99 pour et 8 contre». Démagogiques, ces propos, car de l’aveu même de Mme Julie Boulet, notre ex-députée, la moitié de la députation était en désaccord avec la loi. Elle confiait du même coup que la ligne de parti avait été privilégiée. Elle a tenu ces propos au 106,9 auprès de l’animateur Robert Pilotte. M. Francoeur a-t-il délibérément convenu de ne pas en tenir compte?

Tout en poursuivant la lecture, on apprend que «l’abolition de quelques irritants a été bien accueillie, même par les chasseurs» alors que l’association des chasseurs a bien dit qu’elle demandait de ne pas désobéir à la loi mais maintenait le cap pour en exiger l’abolition.

Mais encore! M. Francoeur nous informe en terminant son brûlot qu’«Il faut aussi rappeler aux élus qui viennent de se réveiller que le registre a reçu l’appui des instances policières, de l’Institut national de santé publique du Québec et d’une large proportion de la population québécoise, selon un sondage dévoilé par PolySeSouvient». M. Francoeur sait-il que ledit sondage de PolySeSouvient nous aurait caché que 84 % du 78 % des gens sondés favorables au registre proviennent de Montréal (Le Devoir, Michel David)? C’est vrai qu’il n’y a aucun clivage Montréal-Régions n’est-ce-pas?

En terminant, à la suite des derniers propos de M. Francoeur qui pourrait nous «rappeler, enfin, qu’ils ont été élus pour gérer une municipalité. Pas pour relancer des débats de société pour des considérations et des convictions personnelles», je vous indique que cette loi signifie l’ajout de millions de dollars à l’élaboration d’un registre des armes à feu alors que trop peu de sommes sont consacrées à la prévention et au soutien de milliers de personnes en difficulté sociale. Un registre ne tue pas, une âme malade, oui. C’est notre devoir de le rappeler au gouvernement.

Dans le contexte où déjà le permis de possession et d’acquisition d’armes (le PPA) exige un cours de manutention d’armes et les examens requis, quelle est la véritable utilité d’un registre additionnel? Voilà la question à laquelle M. Francoeur aurait dû s’attarder.

En passant, plus de 130 municipalités ont jusqu’ici emboîté le pas à la résolution d’origine exigeant un moratoire et l’abolition de cette loi. Cela doit signifier quelque chose non? Jusqu’ici,M. Francoeur, jusqu’ici…