La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a procédé jeudi à l’annonce d’une aide financière sous forme de prêt au Groupe Capitale Médias. Pour l’auteur de ce texte, les médias régionaux et les ressources qu’ils affectent à l’information régionale et à l’analyse sont nécessaires.

Des éveilleurs de conscience qui suscitent le débat

Un aspect de la presse qui ne relève pas strictement de la liberté d’expression, mais qui est d’une importance capitale, c’est la libre circulation de l’information. En tant que société libre, avoir accès à une information indépendante et non-partisane constitue un droit fondamental. Les médias conventionnels et les réseaux sociaux font en sorte que les nouvelles nous arrivent à une vitesse incroyable. En fait, nous sommes inondés d’informations de toutes sortes. Les reportages sont nombreux mais, nous le savons, ils ne sont pas tous d’une égale valeur. Leur accorder la priorité est une chose, mais leur accorder l’exclusivité est autre chose!

Nous ne vivons pas en Arabie Saoudite ou en Chine communiste ou même en Russie, nous profitons de la liberté d’expression. Voilà un privilège dont nous devrions mesurer toute la richesse. Faudrait en parler à Raïf Badawi. On ne peut parler de liberté et de démocratie sans la liberté d’expression. Nous n’avons pas à nous cacher pour donner notre opinion sur tous les sujets possibles qu’ils soient politiques, religieux, artistiques, sportifs, etc. Bien sûr, les médias sociaux permettent cette libre expression, mais, nous l’avons remarqué, les messages circulent souvent dans des réseaux parallèles, des espèces d’ornières profondes qui maintiennent les adhérents enfermés dans des ghettos. Les opinions émises circulent en vase clos et ne rejoignent que ceux et celles qui ont des affinités.

Il est vrai comme l’ont clairement exprimé les journalistes réunis à Saint-Bruno que les médias du Web jouent dans les plates-bandes des journaux régionaux tant au niveau de l’information que des supports publicitaires. Or, la volonté des médias écrits de prendre le virage numérique doit faire face à la conséquence de ces réalités: une baisse considérable des revenus publicitaires qui les rend de plus en plus dépendants des pouvoirs publics de proximité. Mais, le gouvernement du Québec vient d’annoncer un programme de 36,4 millions $ pour soutenir les médias écrits du Groupe Capitales Médias, dont 20 millions $ pour leur transformation numérique. La question financière devrait être en partie réglée et cela devrait laisser une certaine marge de manœuvre à ces entreprises. 

Or, comme l’ont décrit les signataires de la lettre parue dans les journaux le 20 novembre, «les médias écrits sont le fer de lance de l’information partout au Canada et des éveilleurs de consciences indispensables. Ils alimentent les bulletins de nouvelles, les émissions de télé et de radio et suscitent de nombreux débats, que ce soit à l’Assemblée nationale ou dans l’ensemble
de la société.» 

Après vérification sommaire, il semble bien que la plupart des six journaux quotidiens du Groupe Capitales Médias (Le Soleil, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Droit, Le Quotidien et La Voix de l’Est) comprennent très bien que la liberté d’expression n’est pas la chasse gardée des journalistes chevronnés, mais aussi de tous les citoyens vivant sur leur territoire. Dans les faits, ces médias écrits concrétisent cette responsabilité en offrant à leurs lecteurs une plate-forme de qualité et en consacrant quotidiennement «temps et espace» à la prise de parole. De plus, la presque totalité de ces mêmes journaux investissent afin d’avoir dans leur équipe un éditorialiste rattaché spécifiquement à leur région. Quotidiennement, cette personne analyse, questionne et suscite le débat autour des enjeux politiques et économiques présents sur le territoire desservi par leur journal. Tous ces éléments sont absolument indispensables pour alimenter une liberté d’expression digne de ce nom dans un pays où règne une véritable démocratie. Aucune région du Québec ne devrait être privée d’éveilleurs de conscience et d’esprits critiques pour des temps critiques: voilà la mission fondamentale que la plupart des journaux régionaux du Groupe Capitales Médias remplissent quotidiennement.

André Beauregard

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