Dérapages contrôlés

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Nouvelliste
OPINIONS / La société actuelle conduit un bolide, sur une route sinueuse et glacée, dont seul le destin connaît l’issue de la trajectoire…

Attention! La signalisation routière annoncée pourrait nous mener aux antipodes des buts recherchés. Voici donc cinq indications de pertes de contrôle potentielles.

TRANSHUMANISME

Au nom du bonheur, nous vivons une surenchère technologique. Plus nous sommes déprimés et impuissants, plus nous adulons les «machines», et plus les stratégies commerciales accentuent l’urgence de modifier l’humanité. Le transhumanisme repose sur les progrès de la médecine, de la technologie, de l’informatique, de la robotique et de tout ce qui s’apparente aux sciences et à l’intelligence artificielle, pour extensionner la durée de vie humaine. L’émergence de ces nouvelles techniques comporte des risques réels et certains cybernéticiens pensent que ceux qui refuseront de devenir des «cyborgs», connaîtront un sérieux handicap. Ce n’est pas le rôle de la science de donner un sens à la vie, et les transhumanistes sont des matérialistes qui ne croient pas à une âme transcendante. Alors pourquoi spéculer sur le téléchargement de la pensée? Cela nous offrira-t-il une prison moderne ou un semblant d’éternité?

MANIPULATIONS GÉNÉTIQUES

L’embryon est un «tout nouvel être vivant», unique, complet et autonome, résultant de l’union des cellules mâles et femelles de ses géniteurs. Pendant qu’il se développe dans le corps de sa mère, il est déjà bien «vivant» avant d’être «viable» à sa naissance. Pourtant, les pharmaceutiques tentent des expériences «légalement» sur des embryons non utilisés en clinique de fertilité. Comme il est impossible de «donner la vie» à une chose inerte, ces multinationales s’approprient gratuitement certains organismes vivants, comme autant d’unités en «stock»… En arriverons-nous à «cultiver» en laboratoire ou avec l’aide de mères-porteuses rémunérées, des êtres vivants de «seconde classe» servant à remplacer des organes déficients? Est-il moral de produire un «être infra humain», pour favoriser des mieux nantis?

VENTE DE DONNÉES MÉDICALES

Les gouvernements vendent à gros prix «nos» données médicales à des organismes hypersubventionnés, comme Precinomics, qui les revendent encore plus cher aux pharmaceutiques. Quelle mine d’or! La nouvelle «médecine personnalisée» repose sur l’analyse complète de l’ADN de chaque individu. Grâce au génome, les risques de dépression, de cancer ou de maladie cardiovasculaire, par exemple, seront détectés. Bien que ce procédé soit fort louable dans le domaine de la santé, ces data hautement convoitées par les compagnies d’assurances ou les employeurs, resteront-elles anonymes? Augurent-elles une remontée de l’eugénisme?

ÉDUCATION

Pour certains, l’école a un rôle socialisateur et pour d’autres, une mission prioritaire d’instruction. L’école sert à former globalement un individu pour le rendre libre et autonome, dans sa pensée. Comme en politique, «on n’enseigne pas ce que l’on sait, mais on enseigne ce que l’on est». Que retiendront les élèves de toutes ces contradictions et ces contraintes «quasi militaires», auxquelles le coronavirus les soumet aujourd’hui? Actuellement, nos seules armes sont la prudence et le respect. Une nouvelle façon d’apprendre ne garantit pas une meilleure assimilation de la matière enseignée… Monsieur Diafoirus, ce charlatan grandiloquent, imaginé par Molière, compte de nombreux disciples contemporains, qui répandent allègrement des «fake news». Comment distinguer alors le vrai du faux?

DIGNITÉ

Au plus fort de la première vague, le mot «dignité» a perdu tout son sens. Nous avons vu les pires horreurs se produire dans les CHSLD et les résidences pour aînés. Plus les gouvernements parlent de «mourir dans la dignité», et moins cette dernière se présente au rendez-vous… Elle n’est qu’un mot charismatique et galvaudé, rappelant des promesses non tenues. La population a renoncé à trouver les vrais coupables de cette hécatombe, parce que «le concept d’imputabilité sera toujours noyé dans le flou de l’imbécilité bureaucratique»... Cette aide médicale à mourir incite-t-elle nos plus faibles (malades, handicapés, dépressifs, personnes âgées, etc.) à se sacrifier en plein combat, parce qu’ils se sentent seuls, inutiles, et abandonnés?

Pour conclure, les lois votées remplacent notre «bon sens» inné, et nous rapprochent d’un «régime totalitaire mondial». Les «œillères», nous empêchant de regarder en arrière et sur les côtés, remplaceront-elles les «masques»? Notre arrivée à bon port dépend de la qualité des jalons qui baliseront cette route…

Denyse St-Onge
Trois-Rivières