L’auteur de cette lettre offre son appui à Yvon Deshaies de Louiseville qui manifestait la semaine dernière pour que le gouvernement agisse pou r mettre fin au litige qui perdure avec la Première Nation Wet’suwet’en.
L’auteur de cette lettre offre son appui à Yvon Deshaies de Louiseville qui manifestait la semaine dernière pour que le gouvernement agisse pou r mettre fin au litige qui perdure avec la Première Nation Wet’suwet’en.

De Louiseville à Ottawa

OPINIONS / Le 21 février dernier, dans une des sorties médiatiques qu’on lui connaît, le citoyen et maire de Louiseville, Yvon Deshaies, s’est, le temps d’un cliché, installé sur la voie ferrée avec chaise, affiche et petit feu de bois pour se réchauffer. But de cette mise en scène: démontrer son exaspération face au blocus ferroviaire causé par le passage du gazoduc Coastal GasLink de la compagnie Trans Canada Energy sur les terres ancestrales de la Première Nation Wet’suwet’en.

«Il faut que ça bouge, maintenant le dialogue, ça suffit. Il faut passer aux actes», a déclaré M. Deshaies lors de sa sortie.

M. Deshaies a bien raison, il est temps que ça bouge. Le gouvernement canadien doit passer aux actes et en finir avec ce litige qui dure depuis… 2010. Reste maintenant à voir si ça doit se régler sur la voie ferrée ou sur la colline du Parlement fédéral.

Ce litige, les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique l’ont créé de toutes pièces. Avant d’autoriser le passage du pipeline, le gouvernement du Canada se devait, en vertu du droit canadien, d’obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des communautés habitant le territoire ancestral et cela par l’entremise d’une entente avec les chefs traditionnels de la nation Wet’suwet’en.

Anticipant sans doute une négociation difficile, on aura préféré s’entendre avec les chefs de bande, même si tout le tracé du gazoduc se situe en dehors des réserves. Or ces chefs, qui assurent la gestion de leurs réserves, n’ont aucune légitimité pour autoriser le passage de quelque infrastructure que ce soit sur les terres ancestrales non cédées. Ce qui est le cas des terres habitées par la nation Wet’suwet’en.

Au sein de cette Première Nation, comme de beaucoup d’autres d’ailleurs, ce sont nommément les chefs héréditaires qui ont la responsabilité de la protection du territoire. Une responsabilité confirmée par la Cour Suprême du Canada dans un jugement historique rendu le 11 décembre 1997. En raison de l’impact potentiellement négatif du tracé prévu du gazoduc sur la chasse et la pêche, les chefs ont, dès 2014, proposé d’autres tracés. Tous refusés par TC Energy parce que, dit-on, trop près de municipalités non autochtones et que cela créerait des mécontents...

Pourtant, alors que ce sont les gouvernements qui, sollicités par de puissants lobbys, ont failli à leurs obligations et laissé se détériorer une situation conflictuelle, c’est aux chefs héréditaires qu’on s’en prend sur les tribunes publiques. Des chefs qui, depuis dix ans, multiplient les démarches et recours et qui, à bout de patience, en sont venus à utiliser, pour assumer leur responsabilité de protection de leur territoire, des moyens, perturbateurs certes mais absolument non violents. Des accusations et propos qui ne peuvent que semer haine et mépris à l’endroit des populations autochtones.

C’est le temps que ça bouge oui. Mais pour que ça bouge en conformité avec les obligations morales, politiques et juridiques du gouvernement fédéral, il faut donner droit aux exigences posées par les chefs héréditaires: retrait réel de la police du territoire, négociation du tracé avec les interlocuteurs légitimes et arrêt du projet Coastal GasLink pendant les discussions.

Donc, plutôt que de s’installer sur la voie ferrée à Louiseville, c’est sur la colline du Parlement que M. Deshaies devrait porter sa chaise et son affiche pour faire entendre son exaspération. Parce que la situation que le citoyen maire dénonce, c’est d’Ottawa qu’elle origine et c’est à Ottawa qu’elle doit se régler.

Et pas besoin d’apporter des bûches pour se réchauffer, M. Deshaies pourra profiter de la flamme du centenaire qui brûle en permanence sur la colline. Pour souligner quoi au juste? Sûrement pas la qualité de la relation historique de l’État canadien avec ses Premières Nations!

Jean-Claude Landry

Trois-Rivières