De l’intelligence des religions

OPINIONS / Comment mesurer la valeur contributive d’une religion à l’évolution si ce n’est en évaluant les expansions de conscience qu’elle favorise chez ses adeptes? Or, cet objectif ne peut être atteint que lorsque la pensée devient apte à rechercher, à enregistrer, à découvrir et à formuler LA vérité. C’est pourquoi une religion dotée de vision percevra d’abord la divinité dans tous les hommes. Elle prônera l’Unité et non pas la division. Elle n’élaborera aucun culte, n’instituera aucun clergé. N’établira aucun centre, ne construira aucun temple. Ne se lamentera devant aucun Mur, n’en érigera aucun. Elle ne fera pas de l’Éternel un dieu anthropomorphe, un censeur sévère, une police des mœurs, un contrôleur d’habillement, un dieu vengeur à l’image de Jéhovah.

Une religion intuitive, débarrassée des illusions, n’affichera pas de signes ostentatoires, pas plus qu’elle n’annexera son Dieu à une garde-robe de parade. Qu’aurait-elle besoin de prouver?

Dans cette ligne de pensée, stipulons que l’intelligence d’une religion ne recrutera aucun adepte, ne formera aucun missionnaire, n’évangélisera ni ne coranisera aucune contrée. Inclusive par nature, elle s’abreuvera à la source de tous les enseignements spirituels. Elle n’en rejettera aucun s’ils sont valables. Seront extirpés de ses fondements toute forme de fanatisme, de sectarisme aveugle, de complexe messianique et d’assujettissement des femmes. Son érudition reconnaîtra le Christ (Amour) et le Bouddha (Sagesse) comme les piliers inamovibles de la Grande révélation. En ce sens, elle accordera une valeur incommensurable aux Enseignements dispensés par la chaîne ininterrompue des grands instructeurs spirituels.

Une religion imbue de clairvoyance supérieure sera tournée vers le Cosmos, vers l’Infini devenir de l’homme. Elle étudiera l’Univers, essaiera d’en comprendre les lois, invitera tous ses adeptes à se perfectionner constamment. Elle se voudra résolument scientifique en intégrant dans son enseignement la Loi de Renaissance. La culture de l’innocuité fera partie de ses enseignements, tout comme l’Art de mourir et la répudiation des faussetés à propos du Ciel et de l’Enfer. Par amour pour la Terre, elle incitera à disposer du corps par la crémation puisque la purification par le feu constitue un service inestimable envers la planète.

La finesse mentale d’une religion éclairée aura compris qu’une lecture adéquate de ses textes sacrés doit se faire en fonction de trois niveaux de sens: le sens littéral, le sens symbolique et le sens «caché ou occulte». À défaut de quoi, l’interprétation risque de dérailler, car croire n’est pas savoir. Plus encore, la grossièreté de perception mentale et l’absence totale de discrimination peuvent engendrer des interprétations incongrues. Par exemple, la prescription biblique reliée à la transfusion sanguine (de nature transitoire lorsqu’édictée) reste immuable malgré les avancées de la médecine contemporaine. Quant à la conception coranique d’un paradis assorti d’un harem de 72 jeunes vierges offertes au bon croyant, elle relève d’un niveau tellement puéril qu’elle en devient ridicule. Conséquemment, laisser l’interprétation des textes référentiels dans les mains d’un troupeau de béotiens entretient l’ignorance.

Tout homme est destiné à devenir l’arbitre sage de sa propre destinée et un interprète conscient de sa divinité intérieure innée. Ce faisant, il adhère ainsi au principe de beauté en tant que serviteur de l’Humanité. Il est difficile pour un homme à l’esprit étriqué de comprendre toute la beauté de ce principe. Cependant la philosophie basale de la future religion mondiale cherchera à élever l’humanité vers la sphère de la pensée illimitée. En accord avec cette philosophie, ses adeptes s’emploieront à dissoudre en eux les vieux résidus de conscience afin de s’orienter vers la véritable compréhension de leur destinée spirituelle, laquelle n’a rien à voir avec ce que propagent actuellement les religions officielles. L’âge du dogmatisme religieux tire à sa fin.

René Le Brodeur

Shawinigan