De l’individu à la communauté résiliente

Le Service d’aide au consommateur défend les droits des consommateurs tant sur le plan individuel que collectif, mais notre action va bien au-delà. En effet, nous faisons la promotion d’une consommation responsable et soutenable. C’est dans cette optique que la notion de résilience nous rejoint.

Le concept fut d’abord développé en physique et ensuite repris par la psychologie. Nous désirons aborder ce thème avec un regard plus global. Aujourd’hui, la capacité suite à un traumatisme, un choc, de revenir à un état d’équilibre, ne doit pas seulement être considérée sous un angle matériel ou individuel. En effet, l’individu fait partie d’une société et d’un écosystème fort complexe.

Notre planète subit de profondes transformations dues à l’action des êtres humains. Nous pensons ici au réchauffement climatique, à la pollution et à la raréfaction des ressources naturelles. Du jamais vu depuis l’apparition de notre espèce. Depuis quelques années, les concepts de collectivités résilientes et de villes résilientes font leurs apparitions. La «résilience» nous permet de mieux aborder la notion de développement durable pour embrasser une approche plus globale et positive des problèmes, mais aussi des possibilités. Cela afin de conserver ou d’améliorer nos conditions de vie présentes et futures.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, «la résilience doit être incorporée dans les dimensions politiques, sociales, économiques, environnementales du développement durable, dans les efforts à tous les niveaux de la lutte contre la faim et la malnutrition.»

Si nous le prenons sous l’angle de la consommation, on pourrait dire que certaines personnes et communautés doivent consommer moins, d’autres consommer mieux, d’autres avoir le droit d’accès à une saine consommation telle que l’eau, la nourriture, un logement et un revenu décent. La surconsommation est un facteur directement lié à la crise écologique actuelle. La consommation au sein de nos sociétés, son accès et ses impacts, doivent être considérés d’un point de vue local et global.

Pour éviter de devenir d’éternelles victimes réactives lors de chocs ou de traumatismes, il semble pertinent d’adopter, lorsque c’est possible, une approche préventive dans une perspective à long terme. Par exemple, à la suite des inondations que nous subissons le long de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent, les risques sont de mieux en mieux gérés et balisés par les différents paliers gouvernementaux pour atténuer les futurs dangers. Des inondations peuvent être reliées au réchauffement climatique. À cet égard, la quasi-totalité des États sont impliqués dans la recherche de solutions et plus près de nous, des villes sont en transition vers des modes de fonctionnement plus soutenables pour leurs habitants et la planète. Shawinigan et Trois-Rivières, par exemple, pourraient emboîter le pas avec le mouvement des villes en transition afin de favoriser la diminution à notre dépendance aux hydrocarbures. Les villes de Rimouski, Saint-Valérien, L’Assomption et Sherbrooke sont déjà en marche.

La crise écologique actuelle peut entraîner une peur légitime et parfois même nous enfermer dans le déni. «Mais la résistance psychologique implique d’accepter les émotions négatives et suppose un certain travail de deuil: admettre que les choses ne seront plus ‘‘comme avant’’, renoncer à l’avenir que nous avions imaginé pour concentrer nos efforts sur une transition sécuritaire.» (Le Devoir)

Dans l’objectif de favoriser notre résilience individuelle et collective face aux défis présents et futurs, il importe de repenser notre rapport au territoire et aux autres. Les autochtones et les organisations communautaires sont inspirants à cet égard. Notre société moderne a «perdu le sentiment d’interdépendance qui nous relie au reste du monde vivant. Il nous faut reconsidérer le territoire comme un bien commun» (Le Devoir). À ce niveau, les valeurs autochtones et la relation intrinsèque partagée avec leur territoire depuis des millénaires, sont plus que jamais d’actualité. Notre modernité a favorisé l’émancipation individuelle à un tel point que les individus se croient dissociés des autres; de leur propre collectivité et des humains en général. Les valeurs de solidarité et d’entraide promulguées, entre autres, par les organismes communautaires sont pour nous, les germes d’un vivre ensemble plus fonctionnel et soutenable.

Nous devons dépasser la vision individualiste de la résilience et l’intégrer dans nos communautés et notre écosystème. Croire en nous en tant qu’individu, mais surtout en tant qu’acteur social et environnemental, nous apparaît une voie porteuse d’espoir à court, moyen et long terme.

Sébastien Bois

Intervenant en défense des droits

Service d’aide au consommateur

Shawinigan