Sophie Brochu
Sophie Brochu

De la salade 100 % québécoise 365 jours par année!

OPINIONS / Lettre ouverte à la nouvelle PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu.

Au moment où vous commencez votre mandat comme grande patronne de notre chère Hydro, permettez à un retraité confiné de vous faire part de ses réflexions (que faire d’autre, en ces temps de pandémie?). Le plan que je vous expose ci-après pourrait faire de vous l’héroïne de notre autonomie alimentaire, la Madeleine de Verchères des temps modernes!

Mes lectures m’ont appris qu’il y a 10 000 ans, l’agriculture a détrôné chasse et cueillette grâce à la présence simultanée de trois éléments: l’énergie du soleil, pour la photosynthèse, l’eau, pour les nutriments et enfin la connaissance pour sélectionner et «jardiner» les meilleures plantes en grande quantité.

Vous savez comme moi qu’au Québec, nous avons de l’eau, tellement que ça déborde au printemps. Nous avons aussi des connaissances, en particulier dans les facultés d’agriculture des universités Laval et McGill. Mais, hélas, nous n’avons pas de soleil, celui que les Incas et les Égyptiens avaient choisi comme divinité numéro un. Notre soleil blafard n’est pas dans la course! Mais, heureusement, c’est ici que vous intervenez.

Nous accusons un sérieux retard dans l’agriculture sous serre. Nous produisons peu (surtout des tomates, des poivrons et des concombres), il y a peu de grandes surfaces, la rentabilité est difficile et la mise en marché hasardeuse (je moissonne tout ça sur Internet). Par comparaison, les Pays-Bas mangent et exportent pour des centaines de millions d’euros grâce à un très performant système de culture sous serre. Il y a même une célèbre université, près d’Amsterdam, qui enseigne ces techniques à des étudiants du monde entier (ça, je l’ai lu dans National Geographic).

Vous avez déjà compris quelle mission pourrait être la vôtre, désormais. Devenir notre soleil, notre chaleur, notre «photosynthétisatrice» en fournissant de l’énergie pas cher à notre futur Parc agricole de culture sous serre. Parce que j’habite la belle région de la Mauricie et du Centre-du-Québec, parce que cette région est traversée par les lignes de transmission les plus puissantes du monde, parce qu’il existe à Bécancour, près de votre centrale nucléaire abandonnée, une centrale de cogénération au gaz qui vous coûte une fortune et ne sert à rien, parce qu’au sud du Parc industriel il y a des terres basses (on y récolte déjà quantité de canneberges), parce que l’autoroute 20 passe justement par là, je propose que le parc soit établi dans cette région centrale. Réduction d’herbicides et de pesticides en prime!

Voilà. Utilisons notre surabondante ressource chez-nous. Il est douteux que les Américains se bousculeront pour acheter nos millions de kilowatts en surplus, sinon à des prix dérisoires. Vous savez aussi que nous ne pourrons continuer à augmenter les subventions aux alumineries, car les pays pétroliers deviennent des concurrents imbattables. L’agriculture sous serre, n’est-ce pas un projet emballant? Par une merveilleuse alchimie, vous ne transformez pas le plomb en or, mais la neige et l’eau glacée des rivières du Nord en chaleur, en lumière, puis en aliment. Les salades Boston et Romaine deviendront des salades québécoises et mauriciennes, offertes dans nos supermarchés tous les jours. Sauf le dimanche, s’ils décident de ne plus ouvrir le septième jour.

Jacques Rousseau

Trois-Rivières