Dans les coulisses socio-économiques du coronavirus

OPINIONS / L’auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en relations industrielles à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Nul ne saurait sérieusement s’opposer à une stratégie préventive pour lutter contre le coronavirus dans la suite des recommandations des spécialistes de la santé. Les diverses initiatives qui en ressortent valorisent l’arrêt des activités productives non essentielles et l’isolement personnel comme gage de réussite. Outre ses effets positifs, une telle stratégie peut aussi induire des conséquences gravissimes spécialement aux plans du travail et de la pérennité des entreprises. Certes contourner le coronavirus fait l’envie de tous mais se retrouver au chômage à cause des stratégies préventives précitées peut à son tour produire des effets pervers.

Le monde a connu plusieurs pandémies dans le passé mais c’est la seule, sauf erreur, qui induit un blocage aussi important de l’économie. L’industrie des voyages est en pénitence et les avions sont cloués au sol. L’hôtellerie tourne à vide. Une partie importante du secteur public est fermée sauf les services essentiels comme la sécurité et la santé. Les marchés financiers s’effondrent en cascade. Rien de tout cela ne fait nos bons jours! Toutefois, le secteur manufacturier fonctionne. Outre nous nourrir, il permet d’accéder aux biens courants. Par son potentiel de création de richesse, le secteur manufacturier soutient financièrement les masses populaires maintenant isolées.

Mais la hantise d’une pénurie de produits issue de la stratégie d’isolement à tout vent induit un niveau de stress personnel élevé qui suscite à son tour des comportements singuliers. Ainsi, comment comprendre la course au papier hygiénique dans un Québec doté d’une production papetière hors pair? Le papier est certainement le dernier produit susceptible de manquer. Néanmoins, le fait d’en acheter abondamment est susceptible de réduire l’angoisse du moment. Et c’est au fond ce qui compte.

Mais curieusement, il y a des avantages positifs à la présente situation épidémique. Le premier avantage est sans doute l’émergence d’une nouvelle solidarité planétaire. C’est comme si la xénophobie s’était effondrée d’un coup. Les humains, quelle que soit l’origine ethnique, sont maintenant unis contre le coronavirus. Enfin, nous avons un ennemi commun, d’ordre mondial, qu’on nous présente effrayant, comme le Bonhomme Sept Heures qui avait, dans le temps, l’art de faire entrer les enfants tôt après le souper pour le coucher. C’est comme si l’actuelle catastrophe virale nous avait transmis l’art de nous aimer.

Le second avantage est la valorisation du travail à domicile. L’ordinateur le rend possible dans une foule de situations qui ne commandent pas une présence physique dans le site de travail. Ainsi, la fermeture des institutions académiques fait surgir l’enseignement à distance. Mais tous les citoyens ne sont pas dans une situation de travail où le non-présentiel est acceptable. C’est le cas, par exemple, du traitement des malades ou de la plupart des tâches manufacturières ou agricoles. En clair, pendant que plusieurs citoyens vivent cachés, voire tétanisés à l’idée d’être attrapés par le coronavirus, des gens continuent à travailler. Ce faisant, ils méritent notre estime sans borne.

Le troisième avantage est certes écologique. Les avions polluent peu ne volant presque plus. L’hôtellerie et la restauration rejettent moins de déchets domestiques faute de clients. D’autant qu’avec l’isolement, les gens utilisent peu leur voiture. Car plusieurs endroits où ils aimaient s’amuser sont fermés. Restent évidemment les transports des citoyens qui doivent se rendre au travail. Ils y vont maintenant sur des routes à circulation plus fluide. Des adeptes d’une nouvelle vie écologique y perçoivent une Terre momentanément soulagée des agressions polluantes qui l’affublaient. Certains y voient à la limite une porte de sortie vers un mode de vie assaini.

Finalement, nul besoin d’être devin pour anticiper une facture salée de l’actuel blocage économique. Adieu les surplus financiers du Québec. Quant au déficit fédéral déjà trop élevé, il s’envolera en spirale. En clair, nos stratégies de lutte contre le coronavirus visent à protéger notre santé, ce qui est louable. Nonobstant certains avantages au plan social, leur prolongation dans le temps est susceptible de faire naître des drames humains issus des pertes massives d’emplois dans plusieurs secteurs industriels traditionnels.