Donald Trump a mis sa menace à exécution en imposant des tarifs de 25 % sur notre acier et de 10 % sur notre aluminium.

Dans l’antre d’une guerre commerciale

Depuis le 1er juin dernier, Donald Trump a mis sa menace à exécution en imposant des tarifs de 25 % sur notre acier et de 10 % sur notre aluminium. Rappelons que cette industrie emploie 70 000 travailleurs dont 30 000 au Québec. Le Canada est frappé de plein fouet, ainsi que le Mexique, la Corée du Sud, l’Union européenne (UE) et la Chine, qui doivent payer des taxes supplémentaires pour accéder au marché américain. Or, l’effet d’une surtaxe est d’augmenter le prix qu’on refile, règle générale, au consommateur. Comme les biens manufacturés seront plus chers, les consommateurs achèteront moins; les industries seront donc forcées de fonctionner au ralenti, ce qui peut entraîner des pertes d’emplois… autant du côté américain que canadien. Personne ne gagne lors d’une guerre commerciale.

D’ailleurs, le Mexique et l’UE ont annoncé des mesures de représailles en imposant des tarifs douaniers sur les motos Harley-Davidson et le bourbon du Kentucky ainsi que sur certains autres produits. La Chine a aussi riposté de manière similaire. Chez nous, le gouvernement Trudeau taxe à son tour les importations d’acier américain, de même que plusieurs produits de consommation courante, mesures qui pourraient entraîner de nouvelles actions de la part des É-U. En effet, des tarifs douaniers pourraient être annoncés sur les pièces de voitures fabriquées ici, ce qui entraînera d’autres représailles émanant du Canada!

Nous sommes devant un conflit économique qui déclenchera l’inflation partout où il sévit. En fin de compte, nous serons les grands perdants, plus que les autres pays, de cet affrontement avec notre puissant voisin, car le Canada est le premier marché pour les produits américains. Nous avons importé pour 98,9 milliards de dollars (US) au premier trimestre de 2018, selon les données officielles des États-Unis.

Jacques Parizeau avait déjà comparé le Canada à une embarcation de petite taille flottant près d’un gros paquebot. J’ajouterais que le paquebot peut secouer drôlement notre pays s’il se met à tanguer le moindrement. Avec ses 330 millions d’habitants, les États-Unis possèdent un ascendant commercial: imposer leur volonté et marchander l’accès à leur marché afin de soutirer des concessions.

Comment réagir? Il faut absolument trouver d’autres sources d’approvisionnement et d’autres débouchés pour nos produits. Il faut aussi viser autant que possible à remplacer les produits américains auxquels on s’est habitués. On dit que le besoin crée le talent et la débrouillardise. En collaboration avec les chercheurs universitaires et les industriels, on parviendrait sûrement à créer ici des produits similaires. Si on a réussi à bâtir des serres pour satisfaire le besoin du Québec en cannabis, on pourrait certes en construire pour cultiver diverses sortes de légumes et de fruits qu’on importe des États-Unis. Et pour contrer la menace de tarifs sur les voitures, pourquoi le Canada, à plus long terme, n’aurait-il pas ses propres constructeurs d’automobiles? Pourquoi pas le Québec? On construit déjà des autobus, des wagons de métro, des avions, alors?

Il faut organiser aussi le boycott. C’est une réaction légitime à la politique agressive et anti-canadienne de Donald Trump. Déjà les décisions de ne pas acheter américain se prennent. Le National Post a rapporté que la ville de Halton Hills, à 70 kilomètres à l’ouest de Toronto, avait officiellement voté une motion «qui encouragerait les résidents et les entreprises à envisager d’éviter les produits américains.» Il faut aussi éviter de commercer avec les compagnies autrefois canadiennes et maintenant américaines telles que la Baie d’Hudson (La Baie vend des lignes Ivanka Trump). Les chambres de commerce devraient préparer et diffuser une liste des produits ainsi que les noms des entreprises américaines à boycotter.

De plus, les vacanciers (22 millions de voyages effectués aux États-Unis par année) devraient s’abstenir de se diriger vers cette destination aimée des Canadiens.

L’Amérique sera étonnée de notre fermeté. Elle trouvera que nous avons du répondant et… le génie de la création!

Roger Greiss

Shawinigan