Le conseiller Daniel Cournoyer

Daniel Cournoyer: conseiller municipal et/ou attaché politique?

OPINIONS / En réaction à l’éditorial de Martin Francoeur intitulé «Un problème plus moral que légal», publié dans notre édition du samedi 8 février dernier.

Dans un éditorial récent, Martin Francoeur du Nouvelliste a fort bien présenté le problème que pose le cumul de fonctions de Daniel Cournoyer, à la fois conseiller municipal à Trois-Rivières et attaché politique du député et ministre fédéral François-Philippe Champagne. L’éditorialiste s’interroge avec justesse sur la question des perceptions ainsi que sur l’inconfort face à cette situation au sein même du Conseil. Si certains collègues conseillers ainsi que le maire se disent très à l’aise avec cela, certains autres, dont le sens de l’éthique me semble plus relevé, ressentent un malaise devant ce double rôle joué par le conseiller municipal et représentant politique Cournoyer.

Au plan des perceptions, j’ajouterais justement qu’en tant que simple citoyen, j’ai été profondément choqué d’apprendre que ce conseiller devenait en outre représentant officiel du député Champagne. Car dites-vous bien que lorsqu’un député embauche une personne pour servir son bureau, c’est bel et bien d’un poste politique qu’il s’agit.

Pour Michel Nadeau, ancien vice-président à la Caisse de Dépôt et actuellement directeur de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, ce «cumul de fonctions apporte forcément une ambiguïté» à savoir pour qui travaille exactement M. Cournoyer face à certains dossiers: pour la Ville? Ou pour le Parti libéral du Canada?

D’autre part, on a beau dire qu’il a le droit d’occuper autant de fonctions qu’il le souhaite, et que tout est légal. Ce qui est légal n’est pas nécessairement juste et moral. Les principes de Daniel Cournoyer et les miens se trouvent certainement aux antipodes les uns des autres; à sa place, j’aurais refusé de me voir profiter, et c’est déjà commencé dans son cas, d’une visibilité médiatique abusive et certes déloyale par rapport aux autres conseillers.

Car il y aura constamment écho de ses actions comme conseiller et puis comme attaché politique représentant le député-ministre. Aucun de ses collègues n’aura accès à une telle visibilité.

Un autre aspect de ce cumul m’a fortement interpellé, c’est cette sorte d’excès dans l’addition de salaires qui aboutissent tous dans le même goulot. D’abord parce que des conseillers actuels me disent que leur poste est devenu un travail à plein temps, mais visiblement pas pour leur collègue de Sainte-Marthe.

Aussi, j’ignore par quel réseau ou quels contacts M. Cournoyer a été recruté par le député Champagne, mais un autre abus que je vois dans l’acceptation de ce poste, c’est que M. Cournoyer, qui touche un salaire de conseiller municipal, bénéficie déjà d’une retraite de policier du Service de police de la Ville de Montréal. Et là, il rajoute un salaire de la Chambre des communes d’Ottawa!

Comme l’écrivait André Suarès dans Voici l’Homme, «la faim est un droit pour tous ceux qui n’ont d’autre loi que l’appétit.»

Ce que j’aurais trouvé honorable de M. Cournoyer, c’est s’il avait refusé cet emploi pour proposer plutôt à M. Champagne d’engager une jeune ressource qu’il aurait pu guider temporairement et bénévolement pour quelque temps afin de revenir rapidement à son poste de conseiller municipal pour s’y consacrer en exclusivité.

Guy Godin

Trois-Rivières