Critères pour une bonne gestion de l’immigration

OPINIONS / De toutes les luttes que le Québec doit mener, de loin la plus importante est celle de prendre en charge son immigration, y compris le regroupement des familles et les réfugiés. Le Québec est une nation capable d’assumer avec compétence ses responsabilités.

C’est en avril 1978, sous le règne de Trudeau père, à la veille du premier référendum, que furent ajoutées deux nouvelles catégories distinctes d’immigrants: soit ceux qui sont concernés par la réunification familiale, soit ceux qui sont en danger dans leur pays, à savoir les réfugiés qui, pour bon nombre, arrivent à nos frontières sans avoir franchis les étapes, les procédures pour être sélectionnés comme émigrants avant de quitter leur pays d’origine. Ainsi sous l’égide du fédéral depuis plus de 40 ans, des dizaines de milliers d’individus sont reçus et beaucoup d’entre eux iront naturellement grossir les rangs des anglophones. Les statistiques sont là pour le prouver avec comme conséquence un affaiblissement de la langue française. Est-ce que le fédéral peut ainsi les utiliser comme une arme contre le Québec?

Voyons ce que dit Aristote, grand penseur de l’Antiquité, qui a posé les lois du raisonnement et fondé la logique, à propos de l’immigration. Nous citons les opinions les plus judicieuses:

«L’absence de communauté nationale est facteur de guerre civile tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation.» Autrement dit: les mélanges outranciers de races et de peuples divers aux valeurs opposées donnent souvent lieu à un éclatement de la nation. Il ajoute: «une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se souder.» Et il fait cette mise en garde: «parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder avec eux une cité espérant les intégrer, ont connu pour la plupart des guerres civiles.» Et à l’appui de son dire, Aristote cite six peuples où des colons étrangers, devenus majoritaires, chassèrent de chez eux ceux qui les avaient accueillis.

D’après John Horvat, Saint Thomas d’Aquin, un autre grand esprit, a abordé au XIIIe siècle dans sa célèbre Somme théologique, les problèmes de l’immigration. Il a bien résumé la question. Les relations de l’homme avec les étrangers sont de deux types, dit-il: pacifiques ou hostiles. De ce fait, chaque nation a le droit de décider quel type d’immigration considéré comme pacifique est bénéfique pour le bien commun et peut être accepté. Précisons ce concept: le bien commun cherche à promouvoir un équilibre social entre les différents groupes humains afin que chacun joue son rôle de collaborateur et promeuve le «vivre en paix». D’autre part, par mesure d’autodéfense, l’État peut et doit rejeter les éléments hostiles à ses citoyens.

Un deuxième point se réfère à ceux qui veulent s’installer dans le pays. Thomas d’Aquin met une première condition pour les accepter, à savoir la volonté de ceux-ci de s’intégrer dans la vie et la culture du pays hôte. C’est donc le refus du communautarisme (une forme de ghettoïsation de la société). L’immigration doit protéger le bien commun de la nation hôte en visant l’intégration et non la ségrégation. Lorsque celle-ci devient démesurée, elle met en danger les fondements de la société et de l’État; elle devient préjudiciable comme l’explique Aristote.

Une autre condition stipule que l’accueil définitif ne doit pas être immédiat. L’intégration est un processus qui prend du temps. Les gens ont besoin de s’adapter à la nouvelle culture. Thomas d’Aquin rejoint ici Aristote, lequel a affirmé que ce processus peut prendre deux générations. Il faut du temps pour connaître les habitudes et la mentalité des gens, pour comprendre leurs aspirations, leurs réussites et leurs problèmes. Thomas d’Aquin l’exprime ainsi: «Il est nuisible et injuste de mettre l’avenir d’un pays entre les mains de gens qui viennent d’y arriver.» Un exemple est celui de l’ex-ministre fédéral de l’immigration, Ahmed Hussein, venu au Canada depuis l’adolescence certes, mais que connaît-il du Québec? Pourtant il a détenu un poste-clé pouvant nuire aux Québécois.

Depuis que cet ex-ministre s’est occupé de ce portefeuille, le nombre de réfugiés a plus que quintuplé au Québec. Le flux d’étrangers souvent originaires de cultures très éloignées et même hostiles, risque à la longue de briser les valeurs du Québec. De plus, ces réfugiés qui entrent légalement ou non créent une pression indue sur les systèmes de santé, d’éducation, du transport, du logement. Il faut comprendre que la charité envers autrui dépend de notre capacité de payer et celle de maintenir nos valeurs.

Et parce que cet ex-ministre libéral nous a péremptoirement affirmé que le «Québec ne pourra pas limiter le nombre de réfugiés qu’il reçoit chaque année», n’est-on pas clairement devant un «attentat» contre notre bien commun? Dès lors, nous sommes convaincus que la législation fédérale de l’immigration n’est pas conforme à l’enseignement éclairé ni d’Aristote ni de Thomas d’Aquin qui visent tous deux avant tout le bien commun et l’intégration. Qui ne veut pas connaître l’histoire s’expose à la revivre!

Roger Greiss

Shawinigan