Crise des médias: rapatrier la publicité, un incontournable

OPINIONS / De tout temps, le partenariat entre information et publicité a permis le succès des médias. L’âge d’or des journaux, notamment, correspond à l’époque où ils étaient le principal véhicule de publicité locale ou nationale.

Aussi nécessaires soient-ils, les programmes d’aide aux médias en crise auront un caractère temporaire. Pour assurer la pérennité des médias, il faut impérativement rapatrier la publicité qui, depuis quelques décennies, a migré progressivement vers le web. Pourquoi une telle désertion? La réponse est au cœur du problème et… de la solution. Les annonceurs atteignent grâce au web un public plus vaste à un coût plus abordable. De plus, le web offre la possibilité de cibler de façon quasi chirurgicale les publics précis que l’on veut toucher. Pour survivre et se développer, les médias ont l’obligation de recréer un véhicule qui puisse offrir aux annonceurs des conditions comparables à ce qu’ils trouvent chez Facebook, par exemple. Rien de moins!

Un programme d’aide essentiel, et plus susceptible d’obtenir des résultats à terme, devrait soutenir un chantier regroupant des professionnels de l’information et des experts du web. Ces gens auraient pour mandat de créer une nouvelle application attrayante et dynamique capable de joindre un vaste public et de mettre une technologie moderne au service des annonceurs.

Cela pourrait prendre la forme d’un carrefour de plusieurs médias, une sorte de kiosque à journaux virtuel, où le consommateur d’information pourrait trouver une vaste gamme de propositions. Une telle approche implique que le journalisme se réinvente pour adopter les formes les mieux adaptées aux habitudes actuelles des lecteurs branchés et pressés. Textes plus courts, intégration de vidéos, plus de visuel, etc. Créativité des professionnels doublée d’une écoute des besoins du public et des annonceurs sont des clés.

L’objectif, en somme, consiste à inventer un lieu de convergence dédié à l’information de qualité, un lieu capable d’attirer autant d’adeptes que les médias sociaux! Pourquoi pas? À bas la frilosité!

Ce propos n’exclut en rien les avenues connexes déjà évoquées: aide d’urgence, publicité des corps publics, mobilisation des communautés régionales, taxation rigoureuse des géants du web.

Une idée soulevée récemment offre aussi beaucoup de possibilités: une association avec Facebook. «If you can’t beat them, join them», dit le dicton. Facebook pourrait acheter des contenus produits par des médias reconnus. La formule constituerait une source de revenus appréciable et une visibilité importante pour ces derniers de même qu’une crédibilité rehaussée pour le premier. La technologie permettrait même de régionaliser ces contributions. À creuser.

En somme, l’heure est à l’innovation devant la désuétude des modèles actuels. La forme est à réinventer en sachant que le fond, constitué de rigueur et de professionnalisme, est immuable. Bien sûr, il importe d’assurer la survie des médias actuels, en attendant de pouvoir les transformer en profondeur. Cependant, pour réussir cette transformation, le temps est compté.

René Lord

Trois-Rivières