Cri du cœur d’une maman d’infirmière

Je suis la mère d’une nouvelle infirmière diplômée de l’UQTR et engagée par le CIUSSS-MCQ. Passionnée par la profession, elle avait hâte de travailler afin d’apaiser les souffrances de ses patients. Après quelques mois de travail, je suis déçue de l’avoir encouragée à poursuivre ses études supérieures dans un domaine dont on entend parler des difficultés rencontrées par ces travailleurs de la santé presque quotidiennement. Maintenant, c’est ma fille qui vit ces situations trop souvent dénoncées et qui sont en train de la «dépassionner» pour sa profession d’infirmière.

Pendant la formation, on lui enseigne qu’elle pourra choisir le milieu dans lequel elle aimera travailler… ce qui n’est pas du tout la réalité. En effet, son employeur l’a formée sur trois unités de soins, ce qui est normal dans le domaine. Ce qui devient anormal, c’est de recevoir sans cesse des appels de la liste de rappel à toute heure du jour. Par exemple après un quart de nuit, on lui téléphone à 11 heures le matin pour lui demander de retravailler la nuit prochaine. Ce qui est dommage, c’est comme si on la réveillait à 3 heures du matin, parce qu’à cette heure, elle dort. Aussi, il lui est arrivé que l’hôpital téléphone à la maison pour qu’elle entre au travail, alors qu’elle y était déjà!

De plus, on exige qu’elle aille travailler sur des départements où elle n’a pas été formée. Il est donc normal qu’elle se sente insécure par crainte de faire des erreurs. Aimeriez-vous recevoir les soins d’une infirmière qui ne sait pas où sont les choses, les procédures ou qui ne connaît pas ce département? Ce que j’ai compris, c’est que les nouvelles infirmières peuvent être «garrochées» n’importe où et n’importe quand. Pour une nouvelle infirmière, il est difficile de demander de l’aide, lorsqu’elle voit que les autres sont aussi «débordées» qu’elle.

À quelques reprises depuis le début de sa jeune carrière, il est prévu qu’elle travaille sur un département et lorsqu’elle arrive, on la change de département à la dernière minute. Alors qu’elle travaillait sur un département, on l’envoie sur un autre département et ce, sur le même quart de travail.

Comme mère, j’ai l’impression que le CIUSS-MCQ a un gros problème de gestion et qu’on promène ma fille comme un pion. Présentement, elle se sent comme «la folle du roi» dans un jeu d’échecs. À mon avis, ces conditions de travail sont irrespectueuses et inhumaines. Enfin, je comprends qu’avec ces conditions de travail, plusieurs infirmières quittent la région ou même la profession. Alors qu’elle était étudiante, elle était traitée avec plus de respect dans le magasin à grande surface où elle travaillait. Maintenant, je comprends d’où vient la pénurie des travailleurs de la santé.

Hélène Gervais

Trois-Rivières