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Couvre-feu: un défi pour les épiciers

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OPINION / L’auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie et directeur du Laboratoire de recherche en Sciences analytiques agroalimentaires.

C’est fait; un couvre-feu à l’européenne est entré en vigueur ce week-end au Québec pour une période de quatre semaines, en plein hiver. Il est tout à fait secondaire de savoir s’il fonctionnera puisque la science n’est pas claire là-dessus. Les gouvernements ont beau limiter la liberté de leurs citoyens, il y en aura toujours quelques-uns qui se sentiront au-dessus de la mêlée. Et avec ce foutu virus, il n’en faut que quelques-uns pour ruiner la vie de plusieurs. C’est comme cela. Mais l’intention du gouvernement québécois est d’envoyer un message clair à sa population. Le virus est l’affaire de tous, point. Peu importe la suite des choses, le Canada en entier surveillera le Québec de près.

Mais dans sa lancée, le gouvernement a imposé des restrictions pour les épiceries et les dépanneurs, des services essentiels. Les épiceries et plusieurs dépanneurs devront fermer à 19 h 30, dès le 9 janvier. Puisque l’on veut limiter les raisons de déplacement après 20 h, la décision est logique, et le secteur comprend pourquoi il fallait procéder ainsi. Mais disons que les détaillants auraient pu s’en passer, car les répercussions pour le secteur sont considérables.

heures d’ouverture limitées entraîneront sûrement des files d’attente plus longues. Certains attendront dehors dans le froid du mois de janvier. Les détaillants devront donc s’assurer que les clients peuvent patienter en toute quiétude sans se geler le bout du nez. Autrement dit, attendez-vous à voir plus d’abris dans les entrées de magasins. Ce n’est rien pour rendre l’expérience plus agréable.

On prévoit aussi une quantité importante de ventes en ligne. Depuis le mois de mars 2020, les détaillants ont fait du chemin et ont nettement amélioré leur service de collecte et de livraison. Dans la plupart des régions du Québec, il est maintenant tout à fait raisonnable de s’attendre à une livraison de sa commande à la maison en moins de deux heures. C’est incroyable. Les ventes de produits alimentaires en ligne ont pratiquement triplé depuis le début de la pandémie, et le couvre-feu ne fera qu’accélérer la cadence.

Pour les épiciers, le couvre-feu s’ajoute à l’aventure cauchemardesque qu’ils vivent depuis le printemps 2020. La gestion des quarts de travail, le roulement des stocks à des heures particulières, la gestion des retours de produits recyclables, le manque d’espace en magasin, bref, les défis logistiques seront innombrables. Puisqu’elles seront limitées, les heures d’ouverture seront beaucoup plus intenses qu’auparavant pour les employés. Il sera alors extrêmement difficile, voire impossible, de prendre des pauses. Les magasins alimentaires sont de véritables ruches d’abeilles le soir et la nuit. Le couvre-feu compliquera certes les choses. Le roulement des stocks se fera davantage durant les heures de travail, avec les clients en magasin.

Donc, avis aux gestionnaires. Il est fort à parier que des primes de «couvre-feu» pour les employés dans le secteur alimentaire seraient méritées pour les prochaines semaines.

Les consommateurs ont leur rôle à jouer aussi. Soyez assuré que les clients seront à court de patience avec le couvre-feu. Pour les employés, qui sont souvent payés au salaire minimum, ce ne sera assurément pas de tout repos. Le gouvernement court vraiment après le trouble en imposant cette restriction d’accès aux commerces alimentaires.

L’expérience en magasin en a déjà pris pour son rhume, ou virus, si vous voulez. Le couvre-feu ne fera qu’empirer les choses. Alors, durant votre prochaine visite au supermarché, soyez patient.