Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge
Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge

Cours d’Éthique et culture religieuse: une bonne décision

OPINIONS / Lettre adressée au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

Monsieur le ministre,

Je viens d’apprendre avec plaisir votre désir de modifier en profondeur le programme d’Éthique et culture religieuse. J’ai été un tenant de cette modification depuis plus de 13 ans. Connaissant les objectifs initiaux de ce cours, j’ai pu prendre conscience que dans les écoles, ces objectifs étaient fortement bafoués et que, malheureusement, des enseignants du primaire et du secondaire en profitaient toujours pour y faire un enseignement religieux.

Dans un premier temps, des observations et des analyses des pratiques m’ont permis de croire que les enseignants actuels étaient insuffisamment préparés pour donner un cours sur «l’histoire des religions». Par ailleurs, les enseignants, s’avouant de plus en plus agnostiques et athées, étaient de plus en plus mal à l’aise à enseigner des contenus comportant des «délires religieux». Pour certains, il devenait contradictoire de placer les termes «éthique» et «culture religieuse» dans une même phrase. Certains avouaient ne pas connaître les fondements des religions et s’attardaient essentiellement au volet éthique dans leur classe.

Ayant hautement réfléchi aux dangers et aux abus des religions, j’en étais venu à la conclusion que le volet religion devait totalement disparaître de l’école. J’ai fait plusieurs interventions en ce sens. Pour moi, il appartenait aux familles et aux lieux de culte de s’occuper de cette dimension. Vous n’êtes pas sans savoir, monsieur le ministre, qu’au Québec, bien des parents et des familles sont entrés finalement dans «le siècle des Lumières» et ne fréquentent plus les lieux de culte et ont sorti toute bondieuserie de leur vie. C’est leur choix et le gouvernement doit en prendre acte.

J’ai porté une attention aux différentes routes que le futur programme veut suivre. J’en suis très heureux et elles me plaisent beaucoup. Les seules allusions aux religions devraient être faites pour informer les élèves des méfaits des religions et de les mettre en garde contre toute forme d’endoctrinement.

J’ai pris connaissance de votre désir de vous arrêter à Trois-Rivières pour venir écouter les intervenants. Il me fera plaisir de vous rencontrer et de participer à votre chantier. Je vous invite aussi à rencontrer les membres du chapitre trifluvien du Mouvement laïque Québécois. Vous pourrez en profiter pour entendre madame Andréa Richard, personne bien connue dans la région. Cette dame est un témoin important ayant une large connaissance du fait religieux. Toute jeune, elle a connu l’endoctrinement religieux et, depuis des années, elle porte ses réflexions sur la place publique. Madame Richard joue un rôle prépondérant dans l’avancement de la laïcité dans le monde du Québec pour créer un véritable savoir-vivre-ensemble. Cette dame a un discours très articulé et, en 2018, ses efforts ont récemment été reconnus lorsqu’elle a reçu, avec la professeure Nadia El Mabrouk, le Prix Condorcet-Dessaules.

Je vous remercie à l’avance.

Ghyslain Parent

Professeur titulaire

Département des sciences de l’éducation – UQTR