Courir vers la mairie, sans trébucher

OPINION / Dans les prochaines semaines, trois candidats courront vers la mairie de Trois-Rivières: Jean-François Aubin, Jean Lamarche et Éric Lord. Pour certains, la politique est strictement une question de gestion de budgets et d’administration publique. Elle représente bien plus à mes yeux: c’est une question de passion, de vision, de convictions et de courage.

L’auteur, Daniel Landry, est professeur de sociologie au Collège Laflèche.

Je lève donc mon chapeau à ces trois candidats qui osent se présenter à la ligne de départ, car faire de la politique, surtout à l’ère des réseaux sociaux et des trolls, c’est accepter d’être la cible de critiques (tant mieux!), mais aussi d’attaques gratuites. Tel un marathon, une campagne électorale est éreintante et potentiellement blessante (pour l’ego, pour la réputation). Je crois d’ailleurs qu’il faut déplorer les propos acerbes et les attaques personnelles des observateurs (professionnels ou amateurs) ayant un besoin compulsif d’attention. Avec un peu de mauvaise foi, tout peut devenir prétexte à cramper le mollet d’un candidat qu’on apprécie moins: son apparence physique, son genre, son manque de charisme, son orientation sexuelle, ses déclarations prises hors contexte.

Pouvons-nous sortir de cette logique délétère qui mène inévitablement à un nivellement par le bas de nos attentes à l’endroit des politiciens? Le danger est celui de ne retrouver que des candidats complètement aseptisés: bons communicateurs sans passé trouble, sans idées dérangeantes et, tant qu’à y être, sans idées tout court. Permettons-nous plutôt de souhaiter une véritable course. Donnons-nous le droit d’attendre des candidats qui débattent sans se battre, qui s’affrontent sur la piste des idées.

Dans cette course qui culminera le 5 mai, je veux que les trois candidats sillonnent Trois-Rivières et se fassent connaître, eux et leurs idées, du plus grand nombre de citoyens, de sorte qu’on choisisse notre favori de manière éclairée. Dans un marathon, nul besoin de se faire la jambette. On court sans s’enfarger les uns les autres, en souhaitant se démarquer par ses idées et ses propositions. Sans campagne négative. Sans campagne de peur. Sans dénigrement futile.

À l’instar de Jean-Marc Beaudoin (La bataille des gentils, dans Le Nouvelliste du 16 mars dernier), je reconnais qu’il n’y a pas eu encore suffisamment d’occasions de débattre jusqu’à présent. En préparation d’une compétition, on court par intervalle et j’ose espérer que ces dernières semaines ne soient qu’une pause annonciatrice d’un sprint final soutenu. Sinon, il est bien possible que la participation électorale puisse souffrir d’une campagne menée au pas de marche. Il reste tout de même encore plusieurs semaines et j’ose espérer une accélération de la cadence.

Mais cette accélération ne doit pas nécessairement signifier un changement de ton. Parce que dans mon bilan très provisoire de campagne, je crois percevoir une rupture par rapport aux élections municipales de la dernière décennie. Et cela va de pair avec mon souhait premier pour la ligne d’arrivée du 5 mai. Que Trois-Rivières se choisisse un maire ayant mené une campagne positive basée sur sa vision et ses idées pour la ville. Qu’il s’agisse d’un maire qui saura valoriser la délibération plutôt que l’affrontement. Et que celui-ci sache rassembler les membres du conseil municipal et les citoyens, sans égard pour les clans du passé.