Courage, vaillants enseignants!

Il y a quelques jours, j’ai écrit un mot à mes anciens collègues de littérature qui croulent sous les corrections. Ils effectuent un travail ingrat, mais ô combien nécessaire! Ils doivent tout corriger: l’orthographe, la grammaire et la syntaxe. Puis le raisonnement. Le choix des exemples. La teneur de l’ensemble. La force du texte. Ce n’est pas une tâche facile. Elle requiert un temps fou. Toujours mal reconnu par le système en place. Voici mon courriel.

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Salut, les Vaillants et les Vaillantes.

Je vous sais la tête pleine d’erreurs, les mains teintées de rouge. Vous évaluez déjà le chemin parcouru en quinze semaines, et regrettez peut-être de ne pas être allés aussi loin que prévu. Je connais bien cet état d’esprit. Mais je voudrais aujourd’hui vous redire mon admiration alors que les copies s’entassent sur vos bureaux. Vous pouvez être fiers du travail accompli, dans les conditions que l’on sait, avec le soutien que l’on espère, parfois même que l’on n’attend plus.

Je vous invite à mesurer la qualité de votre travail à l’aune de votre dévouement. Chaque pas en avant est une charge contre l’inertie. Celle dont fait preuve une société tout entière lorsqu’elle s’autorise à croire que des attentes légitimes en rapport avec la maîtrise d’une langue n’entraînent pas de lourdes responsabilités. Lesquelles n’incombent pas qu’aux seuls professeurs de littérature.

Il m’arrive de lire certains courriels de collègues d’autres départements, d’autres services, d’autres collèges et cégeps, en étant frappé par le nombre d’erreurs commises dans quelques phrases. Antidote ne serait-il utile que pour les professeurs de français? Il peut être décourageant pour un professeur de littérature de constater que des accords simples paraissent des plus compliqués même pour des collègues ayant, eux aussi, un diplôme d’études supérieures. Et l’on voudrait ensuite que les professeurs de littérature haussent le niveau de maîtrise d’une langue, tant à l’oral qu’à l’écrit, comme s’ils n’avaient pas l’impression d’être isolés dans cette quête du français bien parlé, bien écrit. L’exemple, le bon usage, dirait Grevisse, c’est l’affaire de tous. La responsabilité de tout un chacun.

Je vous redis mon admiration, les Vaillants et les Vaillantes. Je ne suis pas indifférent à votre sort. Je ne suis pas insensible à vos besoins. Je reste fier de votre professionnalisme. Vous incarnez l’exigence, comme étant nécessaire à la joie. Quand on maîtrise sa langue maternelle, ou une autre langue, on évolue dans un monde plus riche, plus robuste, plus réjouissant. On joue avec les mots, on jongle avec les problèmes, on s’amuse avec les règles. Plus simplement: on vit.

Courage, les vacances des Fêtes approchent. Vous aurez enfin un peu de repos.

Christian Bouchard

Trois-Rivières