Coup de grâce aux radios de Québec?

OPINIONS / Vous écoutez les radios de Québec? Moi, en déplacement, je les écoute souvent pour me répéter à tout bout de champ des «ça s’peut-tu!» exclamatifs.

La professeure de communication à l’Université Laval, Dominique Payette, vient de pondre un essai au sujet de ces radios qui s’intitule Les brutes et la punaise (publié chez LUX éditeur), essai qui s’est vu décerner le Prix des libraires du Québec 2020 dans sa catégorie.

Dominique Payette nous présente tout le mal qui se dit à ces radios contre, par exemple, les cyclistes, les femmes, les environnementalistes (appelés enverdeurs), les autochtones, les assistés sociaux ainsi que tous les «bizarres» de la ville, c’est-à-dire celles et ceux qui ne sont pas blancs et sans religion.

Constatons également que ces radios s’adressent principalement à des automobilistes qu’on cherche par tous les moyens à flatter dans le sens du poil et en ce sens, il n’est pas étonnant qu’elles s’appliquent à dénigrer les transports en commun.

Une chose dont ne parle pas l’auteure, c’est qu’à ces stations, notre belle langue française est très souvent martyrisée, bafouée, comme pour mieux bafouer encore les valeurs d’ouverture et de civilité que peuvent avoir les gens généralement.

Dominique Payette soutient que ce qui se dit à ces radios contribue à façonner les mentalités des gens. Peut-être. Mais l’un de ceux qui depuis quelques années démoli ces radios avec grâce, c’est Olivier Niquet à l’émission de Radio-Canada La soirée est encore jeune; il est facile de réécouter les segments de cet habile collaborateur à l’émission, segments qui s’intitulent «Le bêtisier des médias» et qui s’emploient fréquemment à illustrer tout le ridicule qui se dit à ces radios. C’est savoureux; et ça montre toutes les contradictions dont sont capables leurs animateurs. Je vous invite à vous rendre écouter ces segments qui, peut-être, vont vous inciter, comme moi, à répéter à tout bout de champ des «ça s’peut-tu!» exclamatifs…

Enfin, dans ce livre, Dominique Payette raconte le projet d’un certain Érik Beaudry, un brave qui avait lancé en 2013 une campagne de boycottage des annonceurs de ces «stations de radio de confrontation» comme elle les appelle et qui a été arrêté dans sa démarche par une poursuite de 275 000 $.

Souhaitons que la marche des affaires, fort ralentie en ce moment en raison de la crise sanitaire, incite les annonceurs à abandonner ces radios et à leur infliger un coup de grâce opportun.

Réjean Martin

Trois-Rivières