Construction d’un émissaire à Pointe-du-Lac: de l’argent jeté à l’eau

OPINIONS / Le 21 janvier 2020, le conseil municipal a décidé qu’il y aura une dérogation dans la zone inondable de grand courant pour la construction d’un émissaire pluvial localisé dans le prolongement de la rue de l’Escale à Pointe-du-Lac. L’émissaire servira accessoirement à évacuer le trop-plein de la station de pompage localisée à l’intersection des rues de l’Escale et de l’Anse. Ce trop-plein proviendra des égouts sanitaires, pas pluviaux donc évacuation de déchets humains! Est-ce une pratique à opter vis-à-vis le respect de notre environnement?

Je désapprouve totalement ce projet, également l’Association des propriétaires de l’île St-Eugène. À ce jour, il semble que la Ville n’a pas encore reçu l’approbation du ministère de l’Environnement et Lutte contre les changements climatiques pour procéder à la réalisation de ce projet. De plus, il n’y a pas eu de consultation publique. Actuellement, le prolongement de la rue de l’Escale est un milieu humide et joue un rôle important en tant que bassin de filtration naturel. Celui-ci est stabilisé depuis bon nombre d’années et une aire de nidification importante. Le couvrir produirait plus de conséquences néfastes. Toutes les herbes présentes, jouant le rôle de filtre, mourront parce qu’elles seront recouvertes. Conséquemment, les « déchets humains » se retrouveront au bout du tuyau et produiront des odeurs nauséabondes. De plus, ces « déchets » pourront se retrouver dans le marais St-Eugène, aire protégée, puisqu’il y a souvent débordement du fleuve au printemps et peut-être en automne. En quoi cette réalisation actuelle de construire cet émissaire serait une pure perte d’argent et détruirait possiblement une aire protégée importante du secteur.

L’histoire de cette nouvelle station de pompage a eu lieu à la suite de l’inondation du printemps 2014. Les citoyens du quartier avaient été convoqués à une séance d’information le 22 octobre 2014 donnée par deux représentants municipaux (MM. Lachance et Mercier des Travaux publics de Trois-Rivières). Ils nous informaient que la capacité de cette nouvelle station de pompage pallierait au surplus et nous ne devrions plus avoir aucun problème de déversement des égouts ou d’inondation. Après analyse de la situation en 2014, il a été trouvé que plusieurs propriétaires du secteur Pointe-du-Lac avaient les tuyaux inversés – pluvial dans le sanitaire et vice-versa. Par la suite, la Ville, par l’entremise d’inspecteurs, a vérifié et donné un laps de temps aux propriétaires concernés afin de corriger cette situation. Est-ce que cela a bel et bien été entièrement fait? Pourtant, dans votre projet de règlement, il est stipulé que « l’émissaire servira accessoirement à évacuer le trop-plein de la station de pompage localisée à l’intersection des rues de l’Escale et de l’Anse. » Pourquoi ce trop-plein? Y a-t-il eu sous-estimation de la demande? Y a-t-il encore un nombre important de tuyaux croisés ou bien, est-ce dû par le nombre important de constructions résidentielles dans ce secteur et, conséquemment, la capacité de la station est dépassée? Ou bien, est-dû parce que la station de pompage de l’Anse n’est pas entièrement reliée au bassin de Sainte-Marthe? Est-ce que la Ville peut nous donner l’assurance que tous les propriétaires des environs n’ont pas d’inversion des tuyaux?

Avant de construire cet émissaire, il serait important de trouver le problème de base, de le régler correctement et complètement pour éviter la surcharge de la station de pompage et respecter l’environnement et notre eau. Nous devrions plutôt subventionner les propriétaires concernés à rectifier leur plomberie plutôt que de mettre tout cet argent à détruire un milieu humide naturel, si tel est le cas. Sinon, ne pas savoir la cause réelle, ce sera littéralement jeter de l’argent à l’eau!

Nicole Morin

Trois-Rivières