Confinés dans nos habitudes...

OPINIONS / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie au collégial. Il habite à Saint-Mathieu-du-Parc.

Pour plusieurs, la période de confinement est difficile à assumer. Nous n’avons pas l’habitude de vivre seuls, cloîtrés dans l’inaction. Cette femme qui a décidé de vivre son confinement avec son ex-conjoint et la nouvelle compagne de son ex pour ne pas être seule, en est un bel exemple. Ou bien ces personnes âgées hyper vulnérables à l’infection, qui défiaient les mesures de confinement en allant siroter leur café au centre commercial. Bref, il apparaît clairement que le confinement est difficile. Plusieurs se disent: si enfin l’obligation de cantonnement peut tomber. Je serai libre de faire ce que je veux, libre de mes allées et venues. Vraiment?

Non, car même libérés des mesures de confinement, nous resterons malgré nous tous confinés dans nos habitudes, dans notre façon de penser, dans nos attentes et dans notre façon d’aborder la réalité. Vous croyez que cela ne s’applique pas à vous? D’accord, faites l’exercice suivant: tracez neuf petits points sur une feuille (3 points par 3 points), puis tentez de relier tous les points avec votre crayon en ne traçant que quatre lignes, et ce, sans lever la pointe de votre crayon de la feuille.

Chasser le naturel...

Nous avons tous un cadre perceptif qui influence notre façon d’aborder la réalité, une règle de pensée à laquelle nous sommes confinés, une règle qui motive nos comportements. Et c’est pour cela que nous retombons facilement dans nos vieilles habitudes après un effort infructueux de changement. Bien sûr nous pouvons mettre de côté nos vieilles habitudes pour un certain temps, le temps des mesures de confinement décrétées par le gouvernement. Nous consommons moins, dépensons moins pour ce qui n’est pas essentiel, adoptons des habitudes de vie plus saines, apprenons à être plus écoresponsables, nous nous éveillons à l’importance de l’achat local, etc. Mais qu’arrivera-t-il après les mesures de confinement? Chassez le naturel et il revient au galop!

Déjà, avec les annonces de la stabilisation de la courbe de progression de la pandémie, on remarque une reprise des annonces publicitaires commerciales motivant la consommation, voire la surconsommation. Comme si la vie allait reprendre son cours normal d’avant pandémie.

Les arcs-en-ciel

Plusieurs ont fondé de grands espoirs de voir naître une nouvelle mentalité collective en matière d’écoresponsabilité et même en matière d’humanisation de rapports sociaux. Les arcs-en-ciel ont alors été très colorés et vivement affichés en guise d’espoir de changement. Mais dans les faits, si nous ne sommes pas plus éveillés à nos schémas perceptifs qui régulent nos actions, la vie risque de reprendre son cours normal d’avant contagion. Une vie basée sur la consommation abusive et l’indifférence sociale et écologique.

Mais il y a toujours un espoir si des éclaireurs politiques et populaires s’attaquent à notre confinement intérieur.

Il faut changer nos mentalités profondes pour que les choses évoluent. Pour se faire, nous devons nécessairement maintenir notre introspection personnelle que le confinement actuel facilite. Cesser de se laisser endoctriner compulsivement par des incitations mercantiles vides de sens, loin de nos réels besoins. Après la pandémie, nous devrions tous continuer à «surfer» sur cette vague de conscientisation qui incite au changement. Nous devons continuer à réfléchir sur nos habitudes de consommation et leurs effets sur le plan humain et écologique. Ai-je vraiment besoin d’acheter ceci ou cela? Ainsi, nous réaliserons qu’être heureux ce n’est pas posséder, mais apprendre à apprécier ce que l’on possède déjà.