L’auteur de ce texte se questionne sur le mutisme et l’inaction du premier ministre Philippe Couillard face aux comportements de son ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Comment le premier ministre peut-il tolérer les comportements de Gaétan Barrette?

L’auteur, Éric Ahern, est professeur au département des sciences infirmières à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

J’enseigne depuis plusieurs années la prévention des agressions en milieu de travail. Le secteur de la santé est particulièrement touché par ce problème qui s’explique entre autres par la présence de nombreuses situations de harcèlement et d’intimidation. Les agressions entre collègues de travail (violence horizontale) ou dans le cadre d’une relation d’autorité (violence verticale) minent le climat de travail et engendrent des problèmes de santé pour les personnes qui en sont victimes mais aussi celles qui en sont témoins. 

Quelle surprise d’apprendre que notre ministre de la santé Gaétan Barrette épouse avec grâce le profil type du harceleur. Dans des cas comme celui-ci, la dénonciation demeure un incontournable. À cet effet, je tiens à souligner mon indignation envers notre premier ministre Philippe Couillard qui demeure de glace suite à une enquête de La Presse qui fait état des inconduites graves de M. Barrette dans ses propres relations de travail. Le texte signé par Isabelle Hachey nous plonge dans une illustration concrète de ce que constituent l’incivilité, le harcèlement psychologique et l’intimidation, concepts phares de nos politiques sur le harcèlement psychologique au travail. 

Je vous rappelle quelques faits de l’enquête. Au tournant des années 2000, le Dr Barrette alors médecin radiologiste est en brouille avec de nombreux collègues. Le conflit est qualifié de dévastateur par la journaliste et plusieurs collègues témoignent des comportements inappropriés de M. Barrette à leur égard. C’est entre autres par le langage que les comportements d’abus et de harcèlement se manifestent. Le langage est d’ailleurs un porteur des attitudes et des sentiments qui animent un harceleur, il fait écho à sa personnalité profonde. 

En ce sens, quelques extraits de citations retrouvées dans l’article sont éloquents: «M. Barrette a dit qu’il nous détruirait»; «vous allez payer»; «c’est de la câlisse de marde»; «Il était dur. Il me ridiculisait en disant que je n’étais pas bonne à faire ce que je faisais. Il me faisait pleurer à tout bout de champ»; «[...] lui, il poignarde les gens dans le dos. Mais moi, je vais le poignarder de face jusqu’à tant qu’il en meure». D’autres abus de langage tous aussi incriminants sont rapportés par écrit dans une décision rendue par la Cour supérieure en 2013 faisant suite à une poursuite intentée par la conjointe du Dr Barrette pour harcèlement et atteinte à la réputation contre les collègues de travail avec qui sont conjoint était en conflit. Cette poursuite s’est retournée contre elle nous indique la journaliste, le tribunal l’ayant condamné à verser 375 000 $ auxdits collègues pour avoir entrepris des procédures abusives à leur endroit. Les méthodes de travail du Dr Barrette sont qualifiées de coercitives et axées sur la menace. 

L’entrée en politique de M. Barrette n’estompe en rien son attitude agressante et méprisante. L’article révèle qu’il y a deux ans, le ministre a dû s’excuser publiquement à l’Assemblée nationale à la suite de propos tenus envers la députée Diane Lamarre, qui maintient que le harcèlement se poursuit encore aujourd’hui par des insultes blessantes. Je n’ai aucune considération pour des personnes qui présentent les comportements décrits dans l’article. Mais là où le bât blesse, c’est l’inaction du premier ministre dans cette affaire. En 2017, dans le réseau de la santé ou de l’éducation, ce type de comportements engendrerait une enquête formelle, une possible mise en accusation de laquelle pourrait découler un congédiement.

Existe-t-il une politique sur le harcèlement psychologique au parlement? M. Couillard adopte la politique de l’autruche. Il est prompt à traiter les Québécois de racistes, mais il reste muet devant le non-respect des droits de l’homme en Arabie Saoudite, pays où il a fait fortune pendant quatre ans. Il reste tout aussi muet et inactif dans le cas du ministre Barrette alors qu’il a exclu du caucus le député Gerry Sklavounos pour allégations d’agression sexuelle qui n’ont pas trouvé preneur auprès du DPCP. 

Deux poids, deux mesures? Paternalisme et opportunisme décrivent bien notre premier ministre. Mais à ne dénoncer que ce qui nous convient, on devient complice de la bête, l’une ou l’autre. Que ce soit de nature sexuelle ou psychologique, ça demeure des agressions.