«Comment ça se fait que ça fonctionne partout au Canada, mais pas au Québec?»

En écoutant les discours préélectoraux depuis six mois et ceux de la campagne officielle, il est évident que nous sommes en présence de politiciens en panique. Le covoiturage des journalistes avec les organisateurs politiques m’en dit long sur leur impartialité.

Avec leur complicité, ils ont concocté une campagne électorale du genre McDonald’s pour retenir l’attention des auditeurs, en faisant miroiter un «cadeau surprise», à chaque jour, caché dans le burger des enfants.

C’est la démonstration évidente de ce qu’ils considèrent leur clientèle cible: «des enfants». Il est clair que ces professionnels de la démagogie n’ont qu’un seul objectif: «s’assurer d’un salaire confortable pendant des décennies; certainement pas celui du bien-être de la population».

Les principaux problèmes qu’ils devront régler sont: le bilinguisme d’état, le port des signes religieux et l’immigration. Ce sont des détails importants qui ne sauraient se régler par des lois. Une intégration harmonieuse en l’espace d’une génération serait plus souhaitable.

À mon avis, la langue maternelle utilisée par les enfants ainsi que la religion qu’ils pratiquent doivent être le choix des parents. Une loi ne réussira jamais à forcer une personne à le faire; pas plus qu’à ne lui interdire des pratiques religieuses. J’ai un exemple d’un couple italien arrivé au Québec vers 1920. Ils ont expliqué aux enfants qu’ils étaient venus au Québec pour en partager les valeurs et qu’ils ne parleraient plus italien dans la maison. De ce fait, les enfants ont poursuivi leurs études dans le système anglophone et en sont sortis avec une bonne éducation leur permettant d’accéder à un travail très bien rémunéré.

C’est la langue du travail qui en justifie le choix.

D’autre part, je trouve très positive l’attitude d’une partie des milléniaux qui n’hésitent pas à apprendre le mandarin, le japonais ou l’allemand pour accéder à un travail très rémunérateur dans les pays où l’on parle ces langues; ils sont beaucoup plus résilients que leurs parents ne l’ont été. Je rencontre parfois des personnes d’un certain âge qui m’ont l’air de sortir d’un autre siècle; ils n’ont pas évolué avec le temps et lorsque je vois un journaliste asticoter un politicien parce qu’il a changé d’opinion depuis vingt ans, je trouve cela indécent. En effet, une opinion, ça peut changer et ça doit changer, lorsque l’environnement social, politique et économique change.

Parlons des soutiens de la France. Certes, elle a soutenu la colonie dans les premiers temps, mais les expériences récentes de l’aide apportée par les compagnies françaises sont très discutables. C’est le cas de l’Aluminerie de Bécancour qui est venue s’installer en raison des tarifs d’énergie plus que généreux. Mais elle s’est permis de contester ses impôts fonciers dès son arrivée. L’autre aide nous est venue d’Airbus pour sauver la «C-Series»; ils ont fait si bien qu’ils sont repartis avec la caisse, les droits sur tous les produits de Bombardier, incluant les subventions pour la recherche des gouvernements québécois et canadien, en plus de tous les financements de déficits en périodes difficiles. Ces deux exemples illustrent bien l’ardeur du gouvernement français, ainsi que son financement à l’industrie québécoise.

Malheureusement, l’anglicisation de Montréal ne fait aucun doute à long terme, car la langue d’un pays se forge au travail. Pour enfin retrouver une plus grande productivité et des revenus pour éduquer et soigner nos enfants, nous devrons faire les choix qui s’imposent pour réduire la duplication des services et ainsi enlever le sabot de Denver qui nous empêche d’avancer.

C’est évident que le virage linguistique ne pourra s’accomplir avant plusieurs générations. Je m’intéresse à la chose politique depuis quatre générations, j’ai même serré la main de René Lévesque dans un restaurant du Vieux-Québec, j’ai voté «OUI» au référendum, mais je constate que tous ces efforts ont été peine perdue. Cela a été un «One Shot deal», une opportunité qui ne se présente qu’une seule fois.

L’intégration harmonieuse des Québécois au milieu d’affaires anglophone me paraît une avenue inévitable pour sortir de notre embarras. C’est quand même avec un déchirement que je fais ces constatations.

Gaétan Yelle

Trois-Rivières