Climat: devrait-on recourir à la Loi sur les mesures de guerre?

OPINIONS / Si tout ce que l’on dit à propos des dérèglements climatiques est vrai, on attend quoi? Devons-nous recourir à la Loi sur les mesures de guerre? Une telle loi, en effet, confère au gouvernement le droit de gouverner par décret en cas d’extrême nécessité. En clair, devant le danger, le gouvernement peut se donner des pouvoirs spéciaux pour contraindre la société à agir dans le sens souhaité.

On trouvera certainement une telle proposition démesurée. Je le crois aussi. Mais ne sommes-nous pas en guerre contre tout ce qui affecte le climat? J’aimerais bien croire que ce problème fait l’objet d’une enflure verbale de la part des écologistes. Que les populations des îles du Pacifique ne sont pas vraiment en danger. Que le Bangladesh s’en sortira. Que les excès de température ne sont que passagers. Que nos enfants et nos petits-enfants sont en sécurité sur cette planète qui en a connu bien d’autres. J’aimerais bien croire que la technologie pourra faire face à tous ces dangers appréhendés. Mais, disons-le franchement, je ne réussis pas à m’en convaincre.

Qu’en est-il au juste des changements climatiques? Qu’est-ce qui attend notre monde dans un avenir plus ou moins rapproché? Qui devons-nous croire? Les lobbys? Nous sommes en campagne électorale, qu’est-ce que nous disent les programmes des partis politiques? Chose certaine, si certaines mesures sont annoncées, elles paraissent bien timides, quand elles ne nous renvoient pas carrément en 2030, voire en 2050! Et que penser des climatosceptiques? Défendent-ils des intérêts particuliers à court terme, comme le pétrole sale de l’Alberta, ou sont-ils vraiment crédibles?

On a un premier ministre de l’Alberta qui veut brader son pétrole alors que le premier ministre du Québec, lui, veut vendre de l’électricité. Ces deux hommes se rencontreront-ils dans le corridor énergétique proposé par les conservateurs d’Andrew Scheer? La possibilité est bien réelle puisqu’il s’agit là, pour eux, d’économie et non d’écologie. Et comme on le sait si bien, l’économie finit toujours par primer. Si les dangers climatiques sont bien réels, il faut prévenir de tels marchandages à courte vue. Il faut que cette mentalité mercantile laisse la place à de véritables politiques à courts, moyens et longs termes.

Pour le moment, ce qui semble évident, c’est que nous n’avons pas l’heure juste. Nous devons exiger la vérité des politiques. Mais la connaissent-ils vraiment, déchirés qu’ils sont entre l’opinion publique, l’acceptation sociale et des lobbys souvent prêts à tout pour faire passer leurs idées. Ainsi d’un nouveau projet de pipeline pancanadien de Canadian Prosperity Pipelines Corporation. Le porte-parole de cette compagnie, M. Lauritsen, un Albertain, croit qu’en retournant de l’argent «dans les communautés, les municipalités, les Premières Nations ou les gouvernements» et en préparant «une campagne nationale de marketing», il réussira à convaincre les Québécois. Des cadeaux et du marketing, voilà comment réfléchissent ces mercenaires du lobbying.

Et nos responsables politiques sont constamment confrontés à ce genre d’opérations, qu’elles proviennent des lobbys du pétrole, des entreprises pharmaceutiques ou agroalimentaires. Il est temps d’y mettre fin. Ces grandes entreprises possèdent des moyens financiers énormes, voire illimités, pour imposer leur point de vue. Elles arrangent la vérité en fonction de leurs intérêts particuliers.

Nous ne pouvons plus permettre que l’argent décide de tout. Il est grandement temps de mettre fin à cette pratique d’un autre temps. Il est primordial d’avoir accès à toutes les informations de manière ouverte et démocratique. Si nous ne sommes pas prêts pour une Loi sur les mesures de guerre, vivement une loi interdisant le lobbying.

Appel à tous: rassemblons-nous, groupes environnementaux, populaires, syndicaux et autres pour en faire notre revendication commune, au-delà de nos différences et de nos luttes particulières. Il s’agit là d’une condition essentielle pour assainir l’atmosphère et arriver rapidement à de véritables solutions.

Bertrand Rainville

Trois-Rivières