CIUSSS: un mode de gestion à revoir

OPINION / Lettre adressée au ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé.

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi d’abord de vous féliciter pour votre nomination au poste de ministre de la Santé et des Services sociaux. En tant qu’administrateur reconnu, issu d’un milieu autre que celui de la santé et des services sociaux, j’ai la ferme conviction que vous donnerez une nouvelle orientation essentielle à ce ministère.

Je me présente à vous, comme citoyen, membre observateur représentant des Fondations siégeant au conseil d’administration du CIUSSS Mauricie–Centre-du-Québec. Comme le poste l’indique, je n’ai pas le droit de vote. Malgré le fait que je représente les 14 fondations de notre territoire qui versent plus de 5 M$ cette année au CIUSSS MCQ, à coup de sollicitation citoyenne qui contribue généreusement à maintenir cet apport non négligeable au financement d’une valeur ajoutée au réseau. Personnellement, je suis un observateur attentif du secteur de la santé et des services sociaux. Ayant été actif depuis plus de 30 années au sein de différentes fondations de CHSLD notamment, dont les noms ont changé au gré des transformations systémiques que connaît le réseau depuis autant d’années, je désire vous partager ma réflexion développée au cours des derniers mois, dominés par la pandémie.

Parmi tous les commentaires entendus, un en particulier a attiré mon attention: la centralisation du système, l’hypercentralisation, devrais-je dire. Celle qui a fait ressortir la difficulté de communication entre les plus hautes instances du Ministère jusqu’au niveau des CIUSSS. Cette centralisation est représentative de l’insatiabilité de pouvoir qui l’a mis en place, au mépris des responsables régionaux, qui à leur tour ont transporté cette structure de gouvernance au sein de leurs propres organisations. Je parle ici de notre CIUSSS, n’ayant pas la connaissance de ce qui se passe ailleurs. Mais à en juger par les résultats, ils semblent aussi empêtrés dans cette dynamique. J’entends encore l’ancienne ministre annoncer, la main sur le cœur, qu’il ne manquait plus d’équipement de protection dans les établissements alors que c’était l’hécatombe dans les CHSLD, à cet égard.

Afin de bien illustrer la déficience de cette structure décisionnelle, le meilleur exemple que je puisse apporter c’est, malgré l’aberration reconnue par tous les membres de notre CA, que les membres représentant des fondations n’aient pas le droit de vote. Pour changer cette situation, cela nécessiterait un décret ministériel, qui n’adviendra jamais, compte tenu de son niveau de priorité. Alors que ce pouvoir pourrait être délégué régionalement sans que celui du ministre en soit menacé.

Ce mode de gestion mis en place fait en sorte que c’est le Ministère qui est responsable de tout et de rien finalement. Que même notre PDG, l’ultime responsable local en tant qu’équivalent au DG de l’ancien Hôpital Cooke, par exemple, devenu le CHSLD Le Trifluvien réunissant les trois «foyers» de la ville de Trois-Rivières, pour ensuite être fondu dans le CSSSTR assimilé à l’ancien Centre hospitalier régional et finalement être englouti dans la structure des CIUSSS avec tous les autres services sociaux, a beau faire des pieds et des mains pour gérer la situation en n’ayant pas de responsable en titre sur place, le DG d’antan.

C’est d’ailleurs le constat qui est fait aujourd’hui: les établissements, tant privés que publics, ici comme ailleurs au pays, ayant eu une direction locale impliquée responsable dans les actions quotidiennes, à l’image des anciens DG, ont été les plus efficaces à gérer la pandémie.

En terminant, merci de l’attention que vous porterez à la présente et j’espère que ma réflexion aura contribué à ajouter une valeur à notre organisation, à défaut de pouvoir la proposer en bonne et due forme.

Richard Beauchamp

Membre observateur des Fondations au CA du CIUSSS MCQ