L’auteur de cette lettre s’interroge sur les changements de la manière de communiquer des autorités québécois avec la population.
L’auteur de cette lettre s’interroge sur les changements de la manière de communiquer des autorités québécois avec la population.

Citoyen acteur ou citoyen spectateur?

Voici quelques commentaires à l’endroit de notre gouvernement provincial, en lien avec la lutte au coronavirus, de la part d’un retraité de la communication du risque bien confiné. Je crois qu’il y a actuellement un glissement de sens assez risqué dans la communication des autorités à l’intention des citoyens au Québec.

En mars et début avril, le gouvernement considérait les citoyens comme des acteurs de la crise, des gens aptes à recevoir, comprendre et appliquer des consignes afin d’agir sur la source du risque appréhendé en pandémie. On les a outillés pour cela: conférence de presse quotidienne, guide d’auto-soins, site internet mis à jour en continu, porte-parole accessibles, efficaces, crédibles et appréciés, etc. Et les citoyens ont embarqué. Ils se sont sentis utiles, efficaces et solidaires dans l’action, avec les «anges» du réseau de la santé. Le message était clair: la bataille ne pourra être gagnée que si tous les citoyens s’y associent activement, sur tous les fronts, à la maison, dans les diverses communautés, de retour de voyage ou en milieux de travail essentiels.

Mais depuis quelques semaines, le gouvernement a eu tendance à oublier ses millions d’acteurs mobilisés sur le terrain. Les règles du jeu sont devenues floues, les messages contradictoires et une fatigue, voire une perte d’intérêt face à la capacité citoyenne s’est installée dans la communication gouvernementale au quotidien. Bref, le citoyen est devenu le spectateur d’une crise qui n’est plus la sienne mais celle des autorités… et il se voit de plus en plus comme la victime d’un événement hors de son contrôle.

Je crois qu’il est urgent que la stratégie de communication du gouvernement soit réajustée et remette le citoyen au cœur de l’action. On doit lui rappeler à tous les jours quelle est la finalité des actions, les stratégies d’intervention, les enjeux, les critères décisionnels, les bons moyens, l’importance de chaque geste, etc. Il faut que chaque citoyen continue de pouvoir comprendre ce qu’on attend de lui, ce qu’il doit continuer à faire et surtout comment il sera aidé et outillé pour bien le faire. Il doit se sentir actif, apprécier le pouvoir qu’il possède sur les éléments en jeu et agir en conséquence.

Malgré que nous sommes dans une crise de type sanitaire, il va de soi que nous sommes surtout face à un événement où la plupart des dimensions de la sécurité civile sont interpellées. Faut-il le préciser, le citoyen est au cœur du modèle québécois de sécurité civile, il est le mieux placé pour agir, se protéger et protéger les siens à son niveau, de manière responsable, sécuritaire et solidaire. Il faut le lui rappeler, le soutenir et l’encourager, le féliciter parfois. Il faut également lui faire comprendre qu’il n’existe pas de certitudes vis-à-vis de la complexité des enjeux sur lesquels on tente d’agir collectivement afin de s’en sortir. Il faut surtout partager avec lui les bons et les mauvais coups, ne jamais lui promettre l’impossible, ne pas faire de basse politique et expliquer les questions éthiques difficiles, entre autres.

Il ne faudrait pas sous-estimer la capacité des citoyens acteurs. Ils constituent ensemble le réel pouvoir de résilience d’une nation, mais également une ressource inépuisable. On l’a vu ces dernières semaines. Mais il faudrait surtout encore moins sous-estimer le pouvoir dévastateur des citoyens devenus simples spectateurs d’une crise qui ne serait plus la leur, si on négligeait de continuer de les inclure dans l’action… les perturbations sociales ne sont jamais très loin.

Marc Nolin

Trois-Rivières