À plusieurs reprises, l’auteure de ce texte a tenté d’écouter la série culte La servante écarlate, écrite par Margaret Atwood. Elle en est toujours incapable tant le sort qui y est réservé aux femmes est insoutenable.

Choc post-traumatique

L’auteure, Louise Plante, est journaliste retraitée du Nouvelliste.

La dernière année a été souffrante. Au plus fort du mouvement #Metoo, alors que les témoignages s’enchaînaient, révélant autant d’agressions sexuelles chez les femmes anonymes que les plus célèbres, plusieurs se sont senties consumées par la rage. Cette maladie mortelle qui se propage par un virus et qui se caractérise par une montée soudaine d’agressivité. Oui, la rage.

Juste en écrivant ce texte, mon rythme cardiaque s’accélère. J’ai pleuré dans ma voiture en entendant les confidences bouleversantes de comédiennes, de politiciennes, d’écrivaines, de journalistes. Mais très vite, la peine a fait place à la colère... plus saine je trouve. Plus saine?

Rapidement, il est apparu que cette prise de parole nous traumatisait autant que les événements sordides et insoutenables qu’elle mettait en lumière. Pourtant ces témoignages ne venaient que confirmer ce que toutes nous savions déjà et de toute éternité. Mais le savoir et le dire sont deux choses différentes. Parce qu’en le disant, (et avec quel courage!) on en prenait toute la... démesure! «Toi aussi?!» «Même elle!»

C’est que depuis la nuit des temps et sur toute la planète, nous sommes tellement habituées à être invisibles: absentes des livres d’histoire, ignorées des musées, effacées par la science, bafouées par les lois, outragées par la justice, ridiculisées par les arts, sous-payées au travail, mal soignées par la médecine, asservies par la religion, tolérées dans les lieux d’enseignement, refoulées loin des pages politiques, littéraires et sportives. Parce qu’on a voulu notre profil bas, notre voix douce, notre tête vide, notre esprit sot, notre talent domestique, notre sexe disponible. Parce que la place qu’on prend au nom de la parité est toujours celle qu’un homme plus talentueux n’aura pas. Comme, il n’y a pas si longtemps, ce vote féminin arraché de haute lutte, qui, oh mon Dieu!, risquait d’annuler un vote masculin.

Il en faut du temps pour se remettre d’un tel acharnement. Comment parler d’un choc post-traumatique quand le traumatisme est permanent?

En attendant, cette souffrance inspire le milieu culturel. À plusieurs reprises j’ai tenté d’écouter la série culte La servante écarlate de Margaret Atwood. J’en suis toujours incapable tant le sort qui y est réservé aux femmes m’est insoutenable. Il l’est d’autant plus que l’auteure canadienne a toujours affirmé s’être inspirée de faits réels, dont elle a fait un assemblage. On a beau parler de science-fiction, elle n’a rien inventé. Une amie me confiait n’écouter cette série qu’à doses homéopathiques, pour les mêmes raisons. Trop de douleur, trop de traumatismes. Et voilà que Margaret Atwood nous annonce une suite, inspirée par ce qu’elle voit présentement autour d’elle. Présentement!

Dans la dernière mouture de House of Cards, l’improbable présidente des États-Unis, Claire Hale Underwood, dévoile dramatiquement un cabinet entièrement féminin, après avoir viré tous ceux qui tentaient de la destituer. L’image est saisissante et... tellement irréaliste qu’elle m’a fait éclater de rire.

Ce qui m’a fait réaliser une chose: la vraie égalité sera atteinte lorsqu’on pourra accepter qu’un cabinet soit composé majoritairement et même exclusivement de femmes... et que le chef sera aussi une femme.

En attendant, on doit accepter que les Américains n’aient vu aucun problème à élire comme président un homme qui a déclaré qu’il pouvait impunément «agripper les femmes par la chatte», juste parce qu’il était devenu célèbre.

Il faut croire qu’on trouve cela encore moins obscène qu’un cabinet entièrement féminin dirigé par une femme.