Chère Trois-Rivières...

Chère Trois-Rivières, j’ai grandi chez toi, j’ai vécu des années merveilleuses. Je ne suis jamais bien loin, ayant ma mère qui habite chez toi, des amis, des clients aussi.

Je me souviens des quartiers gris, de l’odeur des pâtes et papiers. D’une finalité qui habitait la population. La capitale nationale du chômage, ça n’inspire pas beaucoup confiance. Et ce n’est pas l’autre titre de «pause-pipi» entre Québec et Montréal qui pouvait rendre fier.

Puis la fusion. 1er janvier 2002. La bataille politique qui a brûlé la ville.

M. Alain Croteau, maire de Cap-de-la-Madeleine était premier, suivi de M. Léon Méthot qui profitait de sa visibilité avec le Grand Prix de Trois-Rivières pour tenter de prendre la tête de la nouvelle Trois-Rivières.

Yves Lévesque voyait la défaite comme seul résultat; il a vendu sa maison et accepté un poste à Sherbrooke; déménagement prévu après la tombée du vote. Dans les jours précédant le scrutin, moi jeune Trifluvien travaillant à CIGB 102,3, dans le grand bleu de la rue Royale, j’ai aperçu un vent de changement. L’arrivée de M. Croteau n’était pas bien vue, et pour M. Méthot, il se trouvait trop dans la continuité.

Yves Lévesque s’inscrivait en faux avec l’histoire de la vieillissante Trois-Rivières. Il avait réussi, comme élu de Trois-Rivières-Ouest, à faire disparaître l’étiquette de ville dortoir de cette ville pas tout à fait une ville.

Les plans d’Yves Lévesque ont drastiquement changé ce soir-là. La destinée de Trois-Rivières aussi.

Trois-Rivières est LA ville au Québec où la fusion s’est le mieux déroulée. Pensons à Montréal fracturée ou la bataille de Québec. C’est avec la fougue d’un jeune maire à la tête d’une nouvelle ville qu’Yves Lévesque et le conseil d’alors ont fait entrer Trois-Rivières dans le 21e siècle.

J’ai quitté Trois-Rivières en 2006. Il n’y avait pas grand-chose à faire l’été; le Grand Prix, pour les touristes, et l’International de l’art vocal, qui attirait bien peu de monde de l’extérieur. Pour l’hiver, rien. La ville attendait le dégel.

Aujourd’hui, la grise Trois-Rivières est loin, quand on regarde le paysage sportif, culturel, social, commercial et industriel de la nouvelle ville.

Qu’on soit pour ou contre cet homme politique qu’a été Yves Lévesque, lorsque je lis des paroles malheureuses de personnes qui se cachent derrière des pseudonymes sur Facebook pour dire que les Trifluviens sont des sots qui ont voté comme des cons pendant 20 ans, ou M. Gaétan Bouchard dire qu’une page sombre se tourne, je me désole qu’on soit si aveuglé qu’on ne voit plus la réalité: la vieille ville de Trois-Rivières, la ville dortoir de Trois-Rivières-Ouest et la vieillissante Cap-de-la-Madeleine ont changé, pour le mieux, depuis 2002.

Est-ce que c’est parfait? Bien sûr que non. Pour avoir fréquenté le centre-ville depuis toujours, je le trouve de plus en plus mort, et il y a fort à faire dans certains quartiers. Je trouve bien triste de voir le coin Sainte-Madeleine identique à ce qu’il était quand j’allais pêcher au sanctuaire à 14 ans. Je vois aussi l’île Saint-Quentin qui était tellement LA place familiale de ma jeunesse, ma plage qui n’est devenue à peu près rien. Et s’il y avait une chose qui te ferait un petit relooking agréable, ça serait d’éliminer le détour de la 40 qui te passe en plein cœur. Le prolongement de l’autoroute au nord, dans son tracé naturel serait extraordinaire, parce qu’on va se le dire, tu as plus besoin de faire faire un détour obligatoire pour attirer du monde.

J’ai été conseiller municipal dans une toute petite, mais combien belle municipalité pendant un peu plus de trois ans, Saint-Norbert-d’Arthabaska. Et comme élus, que l’on soit maire ou conseiller, nous devions prendre des directions, faire des choix. Est-ce qu’on a fait plaisir à tous? Non. Est-ce qu’on a fait du mieux qu’on pouvait, autour de la table en notre âme et conscience? Oui.

Objectivement, Yves Lévesque et chacun des conseillers avec qui il a travaillé ont fait avancer Trois-Rivières. Est-ce que ce parcours est unanime? Non. Est-ce qu’on aurait pu prendre un autre chemin? Oui. Est-ce que Paris se met en bouteille? Avec des «si», oui.

Aujourd’hui, nous avons collectivement le devoir de saluer cet homme qui a donné plus du tiers de sa vie de sa communauté. Il a su faire rayonner sa ville, et avec tous les conseillers, il a su rassembler, créer un sentiment de fierté à une ville qui n’en avait plus.

Aujourd’hui, le premier chapitre de l’histoire de la grande Trois-Rivières se tourne. Et il appartiendra à la personne élue d’en prendre la destinée en main, en compagnie des conseillers actuels. J’ai une admiration sans bornes pour tous ceux qui font de la politique. On peut être en accord ou pas avec des idées, mais il faut reconnaître la tâche, l’accomplissement.

La ville de Trois-Rivières prendra une nouvelle direction, sous une nouvelle administration. La seule chose que le futur conseil n’a pas le droit de faire, c’est faire reculer cette merveilleuse ville qu’est devenue la cité de Laviolette.

L’avenir, pour paraphraser un grand homme politique, n’est ni à gauche ni à droite, mais bien en avant.

Trois-Rivières, quand j’étais jeune, je te trouvais vieille. Remplie d’amertume de ton passé glorieux, l’orgueil mal placé d’une capitale mondiale du papier qui se demandait ce qu’elle deviendrait, sans ce foutu papier.

Aujourd’hui, tu ne fais pas ton âge, et les quelques rides que tu as montrent seulement à quel point ton sourire est franc et vrai.

Malgré ce que certains en disent, tu es devenue une belle et grande ville. Accueillante, séduisante, vivante. Tu n’as rien à envier à d’autres. Je te souhaite une personne à la hauteur de qui tu es, qui pourra te prendre là où tu es pour t’amener encore plus loin.

Trois-Rivières, c’est toujours un plaisir de venir te visiter pour la famille, les amis et le travail!

Frédéric Gamache

Québec