L’auteure de cette lettre veut partager son amour pour la ville de Trois-Rivières qu’elle habite depuis peu...

Chère Trois-Rivières...

Ça fait trois mois que je t’ai rencontrée.

Je me dégêne tranquillement. J’apprends à te connaître. On s’est rencontré alors que je vivais dans ma grande ville natale-iiish. Tu sais? La grande métropole plus haut sur le fleuve que je ne voulais jamais quitter. C’était une histoire-d’amour-pour-la-vie. Sauf que je t’ai croisée de temps en temps pendant les crues du dernier printemps. Un amour de vacances en Mauricie. Pis je sortais dans ton centre-ville la nuit tombée! Je trouvais que tu avais les commodités d’une ville avec l’esprit d’un grand village. Et ça, ben... ça m’a presque-séduite-sur-le-champ!

Je vois bien que tu essaies d’attirer les autres milléniaux pour tempérer ton ratio de têtes grises qui marchent entre les étudiants du cégep et de l’université. C’est un peu disparate mais ça donne une belle faune humaine!

L’automne est arrivé, je suis rentrée chez moi dans la grande cité urbaine. Mais je n’arrivais pas à oublier ton bout de fleuve et ton parfum. Une odeur bien à toi, qui sent un peu drôle. Une odeur douce-amère suspendue dans l’air des époques. Tu sens le bois et le papier. Le même papier sur lequel tu écris ta culture et ta poésie en lettres «capitales».

J’aime ton urbanisme vintage. Les maisons d’ouvriers du temps de la drave sur le fleuve et de la Canadian International Paper. Ou encore les bâtisses datant de l’ère des Ursulines. Ta vieille prison des années 1800 avec ses histoires à faire peur que d’anciens détenus racontent à qui veut bien les entendre!

Ton décor évoque le Québec d’antan. Celui qui croyait en Dieu. Le patrimoine qu’il a laissé est appréciable. Le Sanctuaire du Cap, illuminé pendant l’hiver. (Je n’y suis pas encore allée!) La croix obligatoire demandée par l’épiscopat à l’occasion de l’Année Sainte proclamée par sa sainteté Pie XII que l’on a érigée sur le boulevard du Carmel. Tes ornements sont tantôt surréalistes à une époque où les religions et les gouvernements jouent à «Game of Thrones». L’autre jour, je me suis fait saluer paisiblement par un frère Franciscain alors que je faisais une promenade dans les rues du Vieux-Trois-Rivières avec Laska. Elle et moi, on s’arrête pour le «4 à 7» au bar des Artistes. Un vieux sous-sol dont les murs entendent les poètes et chanteurs depuis un longtemps.

Avec toi, je n’entends plus les klaxons des voitures. J’entends les sirènes des bateaux. J’ai un appartement qui ressemble à ceux du Plateau Mont-Royal, pour une fraction du prix. Je songe même à devenir propriétaire. Acheter une maison ensemble semble plus facile qu’avec la grande métropolitaine.

À l’annonce du printemps, tes papetières impriment les affiches de tes festivals. Les Colocs débarquent bientôt avec le Cirque du Soleil au nouvel amphithéâtre. Tout près des meilleures adresses de Bed and Breakfast où mes amis de Montréal dorment lorsqu’ils

s’enfilent les 141 km qui nous séparent.

Quand toute cette neige blanche aura fondu, je vais sortir mon vélo pour explorer ton réseau cyclable. Ici, j’ai vu plusieurs cyclistes texter à vélo sans même porter de casque! Tu es téméraire, Trois-Rivières!

Vivre ici me rappelle le temps où je vivais un âge de princesse sur la couronne Nord de Montréal. Ta proximité, tes sourires, ton esprit de communauté me rappellent les journées avec mes amis à jouer dehors dans le quartier sans oublier de tasser-le-filet-de-hockey-sur-le-bord-de-la-rue-quand-Steve-crie: «chaaaar!!».

J’ai envie d’installer des guirlandes jaune et rose fluo aux extrémités de mon guidon agrémenté de billes de plastique arc-en-ciel dans les rayons de mes roues. Je veux pédaler entre autres parce que tes autobus passent à une fréquence trop lente. Le dimanche soir, tu donnes congé à tes chauffeurs ainsi que le jour de Noël et le Premier de l’an. La grande ville est plus accommodante pour les gens qui sont en transports verts. Là-bas, manquer le bus n’est pas si hypothétique!

J’ai hésité un moment avant de retourner chez nous. Tu sais, le mari que je devais prendre tout comme son pays a pas mal déserté le comté finalement! Ça ne s’est pas si bien passé que ça! À la fin, on s’est fait un croc-en-jambe. Il est parti. Mais j’ai décidé de rester dans une région différente de ce que je (re)connais. La petite-sœur-de-l’autre. Le pit stop sur la 40 quand on montait au chalet l’an passé.

Je pose mes valises. J’ai envie de me rapprocher.

Ça fait, quand même, trois mois que l’on se connaît.

Joannie Roy

Nouvelle Trifluvienne