Au Québec, il y aura toujours ma fille qui travaillera avec des vieux, mon fils, qui travaillera avec ses «bénéficiaires» et les écureuils qui joueront à cache-cache avec les arachides, parce que tout ce beau monde là, dans mon froid pays, passe bien avant une poignée de dollars...
Au Québec, il y aura toujours ma fille qui travaillera avec des vieux, mon fils, qui travaillera avec ses «bénéficiaires» et les écureuils qui joueront à cache-cache avec les arachides, parce que tout ce beau monde là, dans mon froid pays, passe bien avant une poignée de dollars...

C’était aux premiers jours d’avril… les vautours volaient bas!

OPINIONS / Les couteaux coupent… parfois plus que le gras; la chair maigre comporte cependant un taux de cholestérol moins élevé; mon frère prend soin de ma santé!

Hier, je présentais à mon frère, pour une révision orthographique, le canevas d’un texte intitulé: «Les vautours volent bas», que je prévoyais soumettre au Carrefour du lecteur de notre journal, Le Nouvelliste.

Voici, presque intégralement, ses commentaires.

* * *

«Jean, ton texte intitulé Les vautours volent bas, est déprimant, négatif, dépressif et sinistre!

Oserais-je te proposer à quoi ressemblerait mon texte à moi, si j’en écrivais un, ce dont je n’ai aucune envie!

Je fais comme si j’étais toi et que je ne pouvais me contenir à l’idée d’écrire sur le sujet:

Le titre: C’était aux premiers jours d’avril.

Les moins jeunes se souviendront de cette très belle mélodie chantée par Alain Barrière qui raconte ces éternelles histoires d’amour, aux premiers jours du printemps, des amours naissantes et pleines de promesse, comme la saison qui les abrite.

Je pense beaucoup, beaucoup au printemps ces temps-ci, aux amours... à celles et ceux qui sont en amour, qui l’ont été un jour ou qui souhaitent tomber dans ses bras à nouveau...

Je pense aux écureuils noirs qui courent autour de ma maison, sans doute à la recherche d’une arachide oubliée, par un de leurs congénères au détour d’une épinette... Vous savez, les écureuils ont une compréhension de l’amour qui ressemble plus à la gloutonnerie qu’à la galanterie des rapports amoureux!

Je pense à ma fille qui travaille avec des vieux, comme on les appelait jadis, avant que ce terme devienne synonyme de moquerie et qu’on le remplace alors par un terme insignifiant, les aînés...

Je pense à mon fils qui travaille lui aussi avec des gens vulnérables... et... en me levant ce matin, je me disais qu’au fond, nous sommes toutes et tous des êtres vivants «vulnérables» au temps du virus que je ne nommerai pas!

Ma fille et mon fils sont de jeunes adultes qui veulent voir défiler devant leurs yeux encore longtemps, les premiers jours d’avril, les écureuils qui fouinent sous les épinettes et les vieux qui chantent à voix basse, comme pour s’excuser, les odeurs du printemps.

Et il y a ce «bouffon-président» qui décrète de sa voix haute et autoritaire que l’économie – cette bête anonyme – ne doit pas faire les frais de la lutte contre le virus!

Au fond, suggère-t-il, mieux vaut quelques pertes de vie que des pertes financières! À l’entendre, on ne peut sauver l’une et l’autre, alors on choisit le Capital plutôt que la Vie...

Au Québec, monsieur le «bouffon-président» on ne mange pas de ce pain-là!

Au Québec, il y aura toujours ma fille qui travaillera avec des vieux, mon fils, qui travaillera avec ses «bénéficiaires» et les écureuils qui joueront à cache-cache avec les arachides, parce que tout ce beau monde là, dans mon froid pays, passe bien avant une poignée de dollars.

Au fond, ma fille, mon fils, les vieux et les écureuils ont tous compris, que s’il n’y a plus de vieux et d’écureuils, l’argent ne sert plus à rien parce qu’il n’y a plus personne pour en profiter...

Je souhaite les plus beaux premiers jours d’avril de leur vie à toutes les personnes qui liront ce texte... Au fait... double ration d’arachides aux écureuils, aujourd’hui! ».

* * *

Ce matin, j’ai donc offert à mes six écureuils, mes quatre corneilles, mes deux tamias rayés, mes six geais bleus et ma mouffette, une double portion… en me disant que mon frère avait raison: la vie est bien plus précieuse que toutes ces piastres et tous ces biens que nous accumulons tout au long de notre vie.

Je souhaite donc à mon tour, à tous les lecteurs de cette réflexion fraternelle, de vivre cette sérénité qui nous anime quotidiennement mon frère et moi.

Au fait, mon frère, ta critique au sujet de mon texte, Les vautours volent bas, m’a presque «coupé la plume sous le pied»… mais elle va repousser… plus forte! Et, je soumettrai alors ma réflexion à propos des profiteurs, des exploiteurs et des opportunistes; ceux qui tirent indûment profit de la crise.

Signé: pas mon frère et moi!

Jean Paquette

Trois-Rivières