photo: sylvain mayer

C’est toujours le contribuable qui paye...

OPINIONS / En réaction à l’article de Sébastien Houle intitulé «Un pas de plus vers une nouvelle aérogare?», publié dans notre édition du 29 mars dernier.

Dans un récent article du Nouvelliste, on faisait le point sur les propositions avancées par les deux promoteurs principaux du projet consistant à doter la ville d’une nouvelle aérogare. «Vendredi matin, la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières (CCI3R) apportait son appui à Innovation et Développement économique (IDE) Trois-Rivières, qui pilote le projet visant à doter la ville d’une nouvelle infrastructure de niveau international.» Comme IDE est une entité qui dépend des fonds publics et que tous les deux ne sont aucunement imputables à la population, je serais plus sécurisé si le projet était soutenu par des hommes d’affaires indépendants et par des experts en étude de marché. Je ne suis pas a priori contre les nouveaux projets, pourvu que les fonds publics ne financent pas à des projets qui rapporteront seulement à une élite, les promoteurs.

Par ailleurs, s’ils consultaient les gens du secteur Lac-à-la-Tortue, je suis certain qu’ils ne verraient pas leur projet d’expansion d’un très bon œil. Ils sont maintenant obligés de prendre des moyens légaux pour combattre le bruit. Je ne vois pas la nécessité d’augmenter le niveau actuel du bruit causé par les avions et les hélicoptères.

C’est le même aplaventrisme des villes qu’avec le sport. Elles se battent pour financer des stades et des amphithéâtres, qui, en définitive, profiteront seulement aux millionnaires, propriétaires de clubs.

J’ai souvenir d’un grand projet du maire Lévesque: le centre des congrès qui, selon ses études, était un projet qui devait mettre Trois-Rivières «sur la map» et faire couler un flot de retombées sur sa ville; tant et si bien qu’il a engagé la Ville pour environ 55 millions $, en subventions et congé de taxes pendant vingt ans. À ce que je sache, Trois-Rivières n’est pas en meilleure position sur la carte et les retombées, c’est le Delta qui les empoche. Le contribuable n’en verra jamais la couleur. C’est un peu comme la manne dans le désert: il n’y a que les curés qui y croient.

De plus, avec le congé de taxes pour vingt ans, ce sont les petits propriétaires qui ont peine à boucler les fins de mois qui endurent le plus les effets pervers.

D’autre part, selon M. De Tilly, comme la Ville de Trois-Rivières prévoit 3 millions $ dans son plan triennal: «Il ne resterait que 9 millions $ à rassembler pour aller de l’avant avec le projet. «Mario De Tilly considère la somme plutôt modeste en regard des retombées et de l’importance de l’infrastructure.» Je ne vois pas plus de réponses à mes questions: quelles retombées, qui en profitera et quelle est la nécessité du projet?

Sans être un expert en la matière, je m’imagine mal qu’il y ait un si grand nombre d’usagers qui s’entassent sur le quai de la gare, comme dans l’aérogare ultra moderne pour justifier de tels déboursés.

Par ailleurs, c’est un peu réducteur de faire la réflexion suivante: «il manque seulement 9 millions $» à aller chercher au provincial et au fédéral. Ces personnes ne semblent pas réaliser qu’au municipal, au provincial et au fédéral, c’est toujours le même contribuable qui paye. Ce qu’ils donnent en subventions les oblige à augmenter l’impôt en conséquence.

Ces administrateurs seraient beaucoup plus modestes dans leurs projets si c’était eux qui devaient financer leurs beaux rêves. Il faudrait peut-être qu’ils réfléchissent à des projets qui peuvent se financer, sans les fonds publics. Les milieux d’affaires qui profitent des retombées pourraient s’impliquer, un peu plus, et un peu plus souvent essayer de faire oublier aux Québécois leur «réflexe de téteux de subventions».

Malheureusement, ce n’est pas avec ce genre de rêveurs que le Québec se sortira de son endettement.

Gaétan Yelle

Trois-Rivières