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Ces Québécois qui nous donnent envie d’hurler

Carrefour des lecteurs
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Carrefour des lecteurs/ Ma mère vit dans une Résidence privée pour aînés (RPA). Elle souffre de la maladie de Parkinson. Elle se remettait à peine d’une pneumonie quand la première vague de la pandémie nous a frappés de plein fouet. Le gouvernement du Québec a décrété un confinement généralisé. Ma mère a passé les quatre premiers mois isolée. Elle a passé sa fête, la fête des Mères et Pâques sans voir ses enfants. Tristement, elle a aussi perdu une amie qui a attrapé le virus alors qu’elle séjournait à l’hôpital.

Ma mère s’accrochait tant bien que mal et elle a réussi à passer au travers. Le déconfinement a eu lieu et les familles ont recommencé à voir leurs proches. Quel soulagement! Quel bonheur d’enfin retrouver ces personnes qu’on aime tant.

Et voilà que la deuxième vague est arrivée. Comme beaucoup de Québécois, nous nous sommes efforcés de respecter les consignes sanitaires. Nous avons évité les rassemblements. Porté le masque, gardé nos distances et nous avons pris contact virtuellement.

Nous avons accepté de sacrifier les rencontres en famille à Noël. On s’est encouragé. Le vaccin allait arriver. Il y avait maintenant une lumière au bout de tunnel.

Malheur : la deuxième vague a pris de l’ampleur. Des régions épargnées durant la première ont été durement touchées. Des résidences, comme Villa-Bonheur à Granby, ont vécu l’hécatombe. Le 22 décembre on rapporte que 29 résidents y sont morts, 99 employés y sont atteints du virus et 88 résidents y sont confirmés positifs à la Covid-19. C’est la consternation.

La résidence de ma mère est alors épargnée. Noël arrive et tout semble aller pour le mieux. Et bang! Le lendemain du jour de l’An, on apprend qu’il y a eu quatre décès. Reconfinement pour au moins deux semaines.

Nous apprenons aussi que des Québécois partent dans le sud pour la période des Fêtes, et cela contre l’avis du gouvernement. La Presse partage des vidéos où l’on voit des Québécois faire la fête en se foutant complètement des consignes sanitaires. Une journaliste du Journal de Montréal séjourne incognito dans un tout inclus. Elle écrit : « que ce soit dans l’avion, à l’hôtel, au restaurant ou à la plage, il a été possible de constater que les touristes québécois et étrangers manquaient aux règles sanitaires dans tous les endroits visités. »

Même des hommes politiques sont pris en flagrant délit faisant fi des recommandations de leur propre gouvernement.

C’est la colère. Tout le monde en parle et on en parle partout… sur les médias sociaux, dans les médias d’information, dans nos conversations téléphoniques, en prenant notre café du matin.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, on apprend que ces voyageurs seront admissibles à une prime de 1000$ pour compenser la perte de revenu durant leur quarantaine obligatoire à leur retour.

Je partage la colère de mes concitoyens. Je n’ai jamais eu autant envie de crier. Où trouver les mots pour exprimer mon indignation?

Alors qu’on fait des efforts surhumains pour ne pas faire partie du problème, voilà que des Québécois parmi les plus privilégiés se permettent de vivre comme si le virus n’existait pas.

Ce qui m’horripile le plus dans cette histoire est de constater qu’un bon nombre de ces voyageurs semblent n’avoir aucune conscience de leurs privilèges. Ils parlent de voyager comme s’il s’agissait d’un droit.

Ça devient carrément indécent de dire, sans un semblant de pudeur, que de mettre ses pieds dans le sable « Va me faire du bien » ou que « Ça sera bon pour ma santé mentale » ou encore que « Je l’ai bien mérité » alors que des chômeurs font la file aux banques alimentaires, que des gens meurent et que le personnel du domaine de la santé est épuisé.

Est-ce vraiment si difficile de rester à la maison, de garder ses distances et de porter un masque?

Dans son livre Partir pour raconter, Michèle Ouimet écrit que pour survivre durant le génocide Rwandais les gens devaient se cacher sous des cadavres empilés les uns sur les autres. (1) On pourrait aussi évoquer tous ces réfugiés qui ont dû fuir leur pays en pleine nuit pour espérer vivre, souvent en laissant leurs proches derrière eux. (2)

Chers voyageurs et voyageuses, est-ce vraiment trop demandé de rester à la maison encore quelques mois? Sinon, de grâce, restez discrets et épargnez-nous vos justifications nombrilistes.

1. Ouimet, M. (2019). Partir pour raconter. Les éditions Boréal.

2. Nguyen, V. T. (2019). Les déplacés. Massot Éditions.

Ronald Morris

Sutton