Ces gens qui luttent contre la pauvreté

OPINIONS / Originaire de la Haute-Mauricie, je l’ai quittée très longtemps afin de poursuivre ma vie professionnelle. Depuis peu, je suis rentrée à la maison. Et voilà où mon histoire commence.

Bien sûr, je l’ai vue la pauvreté, elle a même frappé chez moi il y a bien longtemps. Mais je la connaissais en superficie. Je n’avais jamais vraiment pris la peine ni le temps de gratter plus profondément. Pourquoi? Je ne saurais vous le dire. Les enfants, le boulot, cours ici, cours là… Oh, chaque année je donnais à la Guignolée. Et j’avais fait ma bonne action. Bref, on dirait que la pauvreté n’est jamais dans la zone de limite de vitesse 20 kilomètres.

On ne la voit donc pas. On va vite, trop vite, trop souvent.

En cette année 2019, je fais sa connaissance. Intimement, oserai-je dire. Et ce que je découvre me fait grand chagrin. J’ai peut-être sous-estimé la pauvreté. Comment on réussit à faire ça? Facile. Il suffit de s’imaginer que la pauvreté n’est que dans le fond de la poche, du porte-monnaie, du compte de banque.

C’est là où j’ai erré et c’est ici que j’ai compris. J’ai compris que la pauvreté ne se mesure pas seulement en signe du Dominion. La pauvreté est partout et elle a de nombreux visages. Tel un caméléon, elle se cache, là où on ne la voit pas. Bref, elle se décline en plusieurs versions. Elle est parfois au fond d’un regard, dans le ventre aussi, où elle côtoie la peur. La pauvreté frappe aussi le sans-travail ou encore celle qui est malade, qui a mal, mais qui ne peut voir de médecin.

Elle s’appelle aussi exclusion. L’endroit où la pauvreté ne peut aller. Elle n’a souvent pas accès à un logement décent. Elle ne peut non plus aller en société. Parce que. Parce que quoi? Parce que, probablement qu’on préférerait ne pas trop en avoir connaissance.

Je me lève le matin, comme vous, et l’odeur du café frais coulé se répand partout dans la maison. La pauvreté n’est pas là. Je mets un manteau chaud, démarre l’auto bien à l’abri dans son garage et je pars afin de mieux garnir mes économies. La pauvreté n’en a pas. Je regarde le magnifique décor que Dame Nature m’offre, mais la pauvreté, elle, ne le voit pas. Elle voile le regard. Elle scrute tout autour. Elle trouvera peut-être une paire de gants? Même un peu décousue? Un morceau de pain, par hasard?

Parfois, la pauvreté sait que quelqu’un, quelque part, peut venir à son aide.

Ce quelqu’un fait partie des organismes communautaires qui sont là, présents, aimants, avec une main tendue. Pour la dignité. Pour que celui ou celle qui est colocataire de la pauvreté sache qu’on peut répondre à son besoin, là, maintenant. Et si on ne peut pas, on va trouver quelqu’un qui le peut.

Parfois, la pauvreté arrive sans prévenir, mais elle ne s’installe pas pour longtemps. Juste assez longtemps pour que la dignité souffre, pour que le cœur saigne, pour que les yeux se noient dans le chagrin, la peur, la honte.

Aujourd’hui, la pauvreté est ailleurs. Cachée chez quelqu’un qui n’ose pas l’afficher. La pauvreté se terre, peut-être pour mieux s’ancrer. On n’a plus le choix de la voir, elle étend ses tentacules, s’approche de gens qui pensaient ne jamais la côtoyer. La pauvreté tisse sa toile, de plus en plus large. Viendra un temps où on ne pourra plus ne pas la voir, peu importe dans quelle zone on se retrouvera.

En cette veille d’abondance, je souhaite à toi qui as perdu ta dignité, à toi l’exclu, à toi qui as froid et faim, et à toi qui n’oses tendre la main, de rencontrer celui ou celle de qui tu pourras voir, dans le regard, la bonté et la justice. Parce que tu le mérites.

Merci aux organismes communautaires de prendre soin de la dignité.

Claudette Claveau

La Tuque