À quel point sommes-nous prêts à accepter d’être dérangés, de ralentir, de changer nos habitudes?

Ce que le coronavirus dit de nous

OPINIONS / Le coronavirus bouleverse nos sociétés démocratiques. Il appert, selon Michel Marder du New York Times, que l’épidémie et la peur qu’elle suscite seraient le miroir de nos angoisses et de nos obsessions les plus profondes. Elles révéleraient que nous préférerions ne pas voir. Entre autres, la menace vient de nous rappeler que nous vivons, que nous le voulions ou non, dans un monde interconnecté. Nos frontières sont poreuses.

Pourtant en 2020, alors qu’une pandémie planétaire menace, c’est le règne du chacun pour soi. Les normes en matière de confinement, de quarantaine et de recherche de contacts varient énormément d’un pays à l’autre.

Ce qui manque, selon le journaliste, ce sont des décisions transnationales, une gouvernance mondiale. On en est loin. Pour d’autres, ce serait l’occasion de repenser la mondialisation.

Aussi l’épidémie est à l’origine d’une prise de conscience importante sur le rôle capital des experts, pourtant dénigrés par des dirigeants populistes comme le président américain.

Alors que la réaction d’une société à une crise révélerait au grand jour ses principales vulnérabilités et fragilités, nos sociétés auraient besoin, de temps à autre, selon le journaliste suisse Milosz Matuschek, «de traverser des situations de crise, ne serait-ce que pour tester leurs robustesses».

Maintenant, dans un style de vie pour un grand nombre hyperactif et fondé sur le mouvement et le challenge et alors qu’un effort national est demandé à chacun de changer de vitesse et de faire un arrêt pour le bien des autres et pour notre bien personnel , à quel point sommes-nous prêts à accepter d’être dérangés, de ralentir, de changer nos habitudes?

Comme côté positif, se pourrait-il que la crise actuelle entraîne des changements majeurs dans l’offre de service aux citoyens:

- développement du télétravail accompagné d’une réduction significative des coûts reliés à l’utilisation des véhicules automobiles, des frais de stationnement, de la circulation, de la pollution et des pertes de temps. En somme, une amélioration de la qualité de vie et une contribution à l’équilibre travail-famille;

- accélération du développement de services de consultations médicales au niveau national par internet 24 heures par jour dirigés par des superinfirmières et supervisés si nécessaire par des médecins. Une mesure susceptible de désengorger les urgences et de rassurer les patients;

- développement du système de livraison de denrées à l’automobile sans contact avec le préposé, le tout commandé et payé par internet. Ce qui pour les internautes réduirait les coûts de livraison actuels souvent excessifs imposés aux consommateurs. Il est à noter que dans des pays comme en Espagne il n’y a aucuns frais de livraison pour une commande par internet ou par téléphone de 75 $ et plus;

- développement d’un système de livraison de volumes à domicile commandés par internet ou par téléphone à la bibliothèque municipale accessible aux personnes en quarantaine ou incapables de se déplacer.

Et je laisse aux lecteurs le plaisir de poursuivre cette liste.

Claude Gélinas

Shawinigan