Carrefour des lecteurs

Un moment intime, hors des protocoles

C’est arrivé il y a un an. Ma sœur sans réponse au téléphone depuis le matin visite maman pour la trouver sans vie, froide et les membres blanc lait dans son lit. Elle ne s’est tout simplement pas réveillée ce matin du 1er décembre. Le réflexe de ma sœur a été de me téléphoner tout de suite demandant de l’aide urgente sans rien préciser. Deux minutes plus tard, je suis là pour faire le même constat, maman est décédée.

C’est ici qu’on a pris un chemin différent. Étant informés de la volonté de maman d’être incinérée, on a décidé alors de ne pas appeler le 9-1-1 immédiatement. Notre deuil, le processus de séparation avec notre mère devait se faire là. 

Puisque le corps de maman était froid et sachant qu’elle ne répondait pas depuis plus d’une heure, inutile d’appeler les services d’urgence. Pour faire quoi? De nouvelles mœurs ou de nouveaux protocoles nous amènent à être privés de ce moment unique qui ne revient jamais. Serrer, embrasser, pleurer, se réunir une dernière fois autour de maman. 

On sent très bien que le contact n’est plus le même. Maman ne répond plus à nos questions, nos commentaires, nos inquiétudes. La vie n’existe plus dans le corps de maman. On a besoin de cette expérience. 

On a décidé de vivre ce moment intime chez nous, sur le lit de maman plutôt que sur une civière froide de l’urgence de l’hôpital. À venir au chevet, nous avons invité sa grande amie de longue date, son frère et sa conjointe, d’autres membres de la famille, les petits-enfants. 

On s’est donné quatre heures avant de faire le 9-1-1. 

Appelé sur les lieux, le policier interloqué nous a tout de suite mentionné à son arrivée qu’un signalement aussi tardif était très inhabituel. 

J’ai dû alors parler de l’intention de maman d’être incinérée, le fait que le corps était froid donc aucune réanimation pertinente, que je suis infirmier en soins palliatifs et que la mort ne m’était pas étrangère. 

Pourquoi avoir à se justifier? Pourquoi s’en sauver en disant être un professionnel? Il s’agit pourtant du même besoin humain de vivre la séparation dans les meilleures conditions pour ceux qui survivent. Pas besoin d’être médecin ou infirmier pour observer ou dire qu’un individu est mort. 

Mon intention en écrivant ce texte est d’informer les gens qu’on peut faire différent, répondre à nos besoins humains avant de s’embarquer dans un protocole inhumain... 

Luc St-Antoine

Maskinongé

À Sainte-Flore, moins de taxes?

Comme on s’y attendait, il a neigé. Pas beaucoup. Cependant, les rues ont été dégagées de façon à former des bancs de neige, puis de glace. Donc, depuis plus d’une semaine, Sainte-Flore vit tant bien que mal avec ses bancs de glace.

Les autos venues se restaurer dans ce magnifique village se garent deux roues en l’air sur un banc de glace et deux roues plus bas sur la chaussée. 

Pas facile la circulation sur le chemin de Sainte-Flore aux heures de pointe, qui ressemble à un 24 décembre au centre-ville de Montréal.

Pour se rendre à ces réputés restaurants, sur d’épais trottoirs de glace parsemés de grains de sable, les clients, eux, ressemblent à des équilibristes, bras en croix sur un fil.

Moi, prise dans mon stationnement bloqué par un banc de glace impossible à franchir sans arracher le dessous de mon auto, je me décide enfin à briser cette rampe sibérienne à coups de pic à glace. Un bon samaritain voyant ma peine à frapper sans relâche, descend la grosse pelle de son camion. Croutch! Libérée. Merci!

Je quitte mon beau petit village pour m’approvisionner en bouffe, bottes et boulons et découvrir que les gens du secteur Saint-Charles-Garnier, à Shawinigan, sont sans banc de glace. Tous écrasés, ramassés. 

Et je me dis: «Sans doute qu’à Sainte-Flore nous payons moins de taxes»...

Rachel Moisan

Shawinigan