Selon l’auteur de cette lettre, sa précipitation et son apparente fermeture donnent à la CAQ et à son ministre Simon Jolin-Barrette une image d’amateurisme et de jusqu’au-boutisme qui lui collera à la peau, qu’elle soit fondée ou non!
Selon l’auteur de cette lettre, sa précipitation et son apparente fermeture donnent à la CAQ et à son ministre Simon Jolin-Barrette une image d’amateurisme et de jusqu’au-boutisme qui lui collera à la peau, qu’elle soit fondée ou non!

CAQ et immigration: vision globale ou amateurisme et jusqu’au-boutisme?

OPINIONS/ J’ai approuvé le projet de loi 21 et je me réjouis de la Loi sur la laïcité. Je trouve même qu’elle ne va pas assez loin, mais sur la politique de l’immigration, je considère que la CAQ et son ministre Jolin-Barrette font vraiment figure d’amateurs-improvisateurs, dans l’annulation des 18 000 demandes d’immigration et du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Bien sûr j’approuve plusieurs aspects de leur politique globale, comme tout ce qui concerne la langue française. Et on peut les féliciter d’avoir réglé le contentieux entre Ottawa et Québec concernant les coûts de la crise transfrontalière USA-Canada que Trudeau et Couillard ont laissée s’aggraver par leur déni et leur attentisme.

Mais les deux dossiers mentionnés sont trop iniques pour être défendables tels quels. Le minimum eût été d’affecter des ressources supplémentaires pour élaguer l’ensemble des dossiers en éliminant d’emblée les irrecevables selon divers critères administratifs ou de changement de situation des demandeurs; puis de décréter un moratoire sur toute nouvelle demande afin de procéder à l’étude des dossiers restants. Il eût été facile de laisser les participants actuels au PEQ terminer leurs études sans tout ce brouhaha. À la limite, en y mettant le prix, on aurait pu à la fois procéder aux démarches déjà en cours tout en instaurant les nouvelles règles pour les nouveaux dossiers.

Ceci pour trois motifs:

• Par respect élémentaire envers ces gens d’un point de vue humanitaire. Dans les deux dossiers, ces personnes ont fait confiance au gouvernement du Québec, donc au peuple québécois; même en sachant que c’est le «liberal government» qui s’est traîné les pieds, je considère qu’il y a une responsabilité étatique à assumer en continuité, pour corriger certaines situations certes, mais sans en dénier l’aspect humain. Surtout que, dans le cas du PEQ, rien ne justifiait une telle urgence et une annulation si radicale pour les gens déjà impliqués dans une démarche, certains étant même en fin de parcours.

• Prendre le temps d’étudier à fond tous les aspects avec les principaux interlocuteurs, de les consulter en somme, autrement qu’en précipitation. Il est évident depuis le début que des aspects ont été mis de côté sans analyse poussée, comme le fait que certaines disciplines ciblées par l’annulation du PEQ sont soit connexes aux métiers priorisés, soit d’utilité publique pour le Québec sans nécessairement répondre absolument aux nouveaux critères; une société, une économie, une population, une nation, ne sont pas constituées que de besoins manufacturiers et industriels.

• Alors que le PL21 et la Loi subséquente ont subi et continueront de subir un déferlement quasi démentiel d’accusations de racisme, de discrimination, de xénophobie, de dictature gouvernementale, de manque d’humanité, etc., ces deux dossiers d’immigration constituaient deux excellentes occasions pour le gouvernement de démontrer sa souplesse et son ouverture, son désir de collaboration avec les instances concernées (milieux de travail patronaux et syndicaux, milieux universitaires, milieu de la santé, organismes communautaires, etc.). Legault et Jolin-Barrette auraient pu se servir de ces dossiers pour calmer quelque peu les esprits, ramener une part de paix sociale et redorer leur blason en exposant une vision globale et inclusive de la société québécoise.

Au lieu de quoi, à force de devoir revenir sur leurs décisions à répétition par pressions ou par commandement de la Cour, ils peuvent difficilement profiter encore d’un constat public d’avoir reconnu leur tort en étant à l’écoute de la population. Leur précipitation et leur apparente fermeture donnent plutôt une image d’amateurisme et de jusqu’au-boutisme qui leur collera à la peau, qu’elle soit fondée ou non! Leur majorité ne leur donnera pas toujours raison face à l’adversité.

Robert Duchesne

Trois-Rivières