Cachotteries gouvernementales et louvoiement

C’est depuis 2003 que la grogne s’élève au Québec. Des allégations de stratagèmes et de malversations relatifs à des contrats publics liés à l’industrie de la construction ont commencé à circuler.

Et Radio-Canada dans son émission Enquête diffuse ses premiers reportages sur les processus d’appel d’offres et livre au public comment un groupe d’entrepreneurs, surnommé le «Fabulous Fourteen», agirait comme un cartel en se divisant les contrats, bloquant ainsi la voie aux compétiteurs.

Comme les premières demandes en faveur d’une commission d’enquête publique sur la construction sont lancées à l’Assemblée nationale par Sylvie Roy, le gouvernement Charest – qui ne veut pas d’une commission d’enquête – finit par mettre sur pied en 2009 l’opération Marteau, soit une escouade policière de 60 personnes spécialisées, que l’on charge d’enquêter sur le milieu de la construction, notamment sur les allégations de collusion et les liens possibles avec le crime organisé. 

C’est vers ce temps que Mafia Inc., un livre écrit par des journalistes d’enquête André Noël et André Cédilot, révèle au public que la mafia contrôle 80 % des contrats de construction accordés dans Montréal et que les montants versés pour les projets de construction au Québec sont plus élevés qu’ailleurs au Canada. D’ailleurs, le Maclean’s qualifie le Québec de «province la plus corrompue au Canada».

Pour faire baisser la pression, le gouvernement Charest annonce en 2011, par décret gouvernemental, la création de l’UPAC (prolongement de l’opération Marteau) composée de 350 personnes, qui seront chargées de faire toute la lumière sur la corruption et la collusion dans le domaine de la construction et, bien entendu d’arrêter les coupables. Quelques mois après, Jean Charest, sous pression populaire, est obligé de déclencher la Commission Charbonneau. On connaît la suite.

Depuis 2003, le gouvernement libéral et Jean Charest lui-même ont été soupçonnés d’implication dans le financement illégal de leur parti. On met en évidence des cas troublants de cocktails de financement sous l’égide d’entrepreneurs en construction. On ira même plus loin en disant que le gouvernement connaissait les stratagèmes de fraude et de collusion et qu’il fermait volontairement les yeux. 

Avec l’enquête Mâchurer (2013), une division de l’UPAC chargée de travailler sur le financement illégal des partis politiques, on apprend maintenant que le gouvernement libéral aurait empêché l’UPAC d’accéder à 65 documents incriminants impliquant Jean Charest et l’argentier du parti Marc Bibeau. 

Les preuves amassées par l’UPAC lors de perquisitions dans les bureaux du Parti libéral à Montréal, en juin 2014, sont restées sous scellés pendant plus de trois ans. Pourquoi attendre tout ce temps pour en parler? Pourquoi le PLQ s’ingénie-t-il à cacher cette information-là? C’est pourtant pertinent pour la suite du travail de l’UPAC! 

Mais ne l’oublions pas, l’UPAC comme l’escouade Marteau sont les créatures du gouvernement libéral! Comment croire que 350 personnes aguerries partageant le même objectif de lutte contre la corruption et le financement illégal, ne parviennent pas depuis 2011 à porter des accusations? Y a-t-il complicité? Y a-t-il surenchère de la part de l’UPAC qui réclamerait plus d’autonomie et un plus grand budget? 

Quand le public soupçonne que la corruption atteint à la fois le législatif et le judiciaire, il croit à la décadence de la démocratie et le cynisme monte. 

Roger Greiss

Shawinigan