La jeunesse ne répondrait-elle pas (ou plus) au dénigrement des vieux blancs hétérosexuels? Cela pourrait représenter un aspect positif de la récente victoire de Doug Ford.

Brèche dans la «politique des identités»

On pourrait penser que, dans un cadre fortement multiculturel, la joute politique est largement définie par les intérêts de groupes identitaires. L’idée, pour les politiciens, serait de trouver l’équilibre gagnant: comme Justin Trudeau, être aimé à la fois par les organisations LGBTQ, les musulmans pratiquants et la finance torontoise, comme Valérie Plante, recevoir l’appui des amoureux des pitbulls, des défenseurs du voile islamique et du mouvement anglophone pour débaptiser la station Lionel-Groulx. Il s’agit là, bien sûr, d’une politique ennemie du «bien commun» (a-t-il déjà existé?), et pour fédérer les minorités, rien d’aussi efficace que de diaboliser la majorité. Les libéraux, particulièrement ces blancs privilégiés qui se font élire dans les circonscriptions multiethniques de Montréal, l’ont bien compris.

Or, il vient de se passer quelque chose en Ontario: la défaite de la libérale Kathleen Wynne, ou plutôt, la victoire du conservateur Doug Ford. Les commentateurs n’ont pas noté le désaveu que celle-ci servait à la politique des identités. D’une part, la «diversité ethnique» a donné son appui au candidat conservateur, davantage qu’à Kathleen Wynne qui se présentait en championne des droits des minorités. Wynne, ouvertement homosexuelle, en appelait aux «jeunes» durant la campagne électorale pour qu’ils aillent voter et ne laissent pas «les vieux blancs décider»: «Je dis toujours, quand je fais du porte-à-porte et que je rencontre un jeune qui me dit qu’il ne votera pas car ça ne fait aucune différence: si toi tu ne votes pas, quelqu’un qui me ressemble votera, une personne blanche d’un certain âge […]. Nous avons besoin que vous vous engagiez.»

La jeunesse ne répondrait-elle pas (ou plus) au dénigrement des vieux blancs hétérosexuels? Cela pourrait représenter un aspect positif de la récente victoire de Doug Ford. Il ne faudrait pourtant pas se faire d’illusion: au Québec, la minorité anglophone est tellement entretenue dans son complexe de persécution qu’elle ne risque pas de punir nos libéraux locaux, surtout s’ils devaient dépeindre les «familles blanches francophones», comme les appelle l’actuelle ministre de la justice, Stéphanie Vallée, comme le lieu d’une xénophobie menaçante à combattre à perpétuité. Mais cette victoire pourrait néanmoins inciter les caquistes à ne pas jouer dans ce jeu, et qui sait, peut-être éventuellement à requestionner la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi, et pas dans le sens de Québec solidaire qui souhaitent, pour l’entièreté du secteur public, «appliquer un taux d’embauche strict de 25 % de personnes issues des minorités» et, «pour la seule fonction publique québécoise, embaucher un minimum de 3750 personnes issues de la diversité d’ici 2024». Assez de ces discriminations pour ou contre des gens dont on suppose que la race, le genre et l’orientation sexuelle épuisent leur subjectivité!

Simon Couillard

Doctorant en études québécoises, UQTR