Boycott? Quel boycott?

OPINIONS / J’ai été abasourdi d’entendre les propos de Guy Fradette, président de la Coopérative de solidarité agroalimentaire de la MRC de Maskinongé, appuyé du maire, voulant qu’un mot d’ordre ait été donné par les (anciens) bénévoles du marché public de Saint-Élie de boycotter le marché. Cette information est fausse et selon moi, la situation actuelle du marché s’explique plus simplement.

Rappelons les faits. Le marché public de Saint-Élie est né d’une initiative citoyenne qui s’est concrétisée en 2015. Le concept imaginé par les fondateurs était de créer un espace où on pouvait acheter les aliments sains des producteurs locaux en complémentarité avec les commerces existants, un lieu aussi animé par la présence de nos projets communautaires, d’artisans en démonstration et d’un espace dédié au développement durable. C’est ce groupe de citoyens qui a démontré la valeur du projet à la Municipalité pour doter le village d’une activité champêtre nouvelle et qui a invité la Coop à y participer.

Ce groupe s’est ensuite élargi en Comité de gestion; j’en ai été le fier président jusqu’en mars 2018. Le comité a été très actif pour bien gérer les opérations et stimuler la participation d’autres bénévoles nécessaires à tous les aspects du marché (activités, musiciens, site web, Facebook…). Tout cela en collaboration étroite avec la Municipalité et en cherchant à être le plus autonome possible pour ne pas surcharger l’administration et ses employés déjà très occupés avec les activités touristiques.

Les revenus de location des kiosques revenant à la Coop, nous avons mis beaucoup d’énergie à amasser des revenus autonomes en vendant petits fruits et objets promotionnels, quadruplant la mise de fonds de la Municipalité pour les réinvestir dans le marché et animer ce lieu afin qu’il devienne un «deuxième perron d’église». Après trois ans, notre marché public était devenu une activité vraiment appréciée au village ainsi que dans la région, avec des présences allant parfois jusqu’à 1000 personnes par dimanche.

Par ailleurs, ce même comité a défendu publiquement le droit de ses maraîchers face à l’attaque d’un citoyen qui se plaignait auprès du conseil municipal de concurrence déloyale de la part des producteurs «étrangers qui ne payent pas de taxe à Saint-Élie». Ce maraîcher qui vendait une vingtaine de poutines par dimanche afin de créer de l’attrait à son kiosque de pommes de terre, c’est M. Fradette lui-même. Et ce citoyen outré s’appelait Robert Gauthier, maintenant maire de Saint-Élie. Curieux d’entendre aujourd’hui M. Fradette déclarer que «le marché public a toujours eu le soutien de Robert Gauthier».

C’est ce comité de gestion qui a convoqué la rencontre du printemps 2018 à la Municipalité entre les trois parties pour discuter du renouvellement prévu de l’entente. J’ai été heureusement surpris d’entendre M. le maire Gauthier se dire favorable à la poursuite du marché public; c’était une excellente nouvelle. Mais j’ai été encore plus surpris par les propos de Guy Fradette envers les bénévoles qui prenaient trop de place à son goût et qui ne voyait pas la pertinence de la participation du comité au contrat. Les bénévoles devaient se contenter de monter les abris, à l’entendre. Offusqué de ce manque de respect pour les 1000 heures de travail bénévole réalisées la saison précédente, j’ai manifesté mon désaccord et mis fin à la rencontre.

Je comprends maintenant, à la suite de l’article de la semaine dernière, que dès cette rencontre, il y a eu, entre M. Fradette et M. le maire, une entente qui finalement excluait les bénévoles du comité. Cela explique aussi pourquoi tous les autres efforts pour finaliser une entente par l’entremise du conseiller municipal responsable du dossier, M. Beaudry, ont tourné en rond et sont restés sans réponse. Sans entente, nous avons alors décidé de mettre fin à nos activités. Nous avons aussi décidé alors de ne pas dénoncer publiquement cette situation pour ne pas entacher la nouvelle saison du marché public qui débutait bientôt. Une erreur? Au moins les faits sont maintenant connus.

MM. Fradette et Gauthier comprendront-ils enfin que l’explication est simple: des bénévoles de qui on attend que d’être servi, et pour qui on a peu de respect, ne choisissent pas de boycotter, ils restent chez eux, simplement. Vous vous êtes boycottés vous-même, messieurs, c’est à vous-même qu’il faut vous en prendre pour vos insuccès.

Ne cherchez pas de bouc émissaire ailleurs.

Guy Belletête

Ex-président du Comité de gestion du marché public de Saint-Élie-de-Caxton