Bonne année, chers retraités... si vous y survivez!

OPINIONS / Pour près de mille retraités de Groupe Capitales Médias, 2020 s’annonce comme une année désastreuse dont ils se rappelleront jusqu’à leur mort.

Un fonds de retraite, ce n’est pas un cadeau de l’employeur. Tous ces employés y ont versé leurs cotisations durant des décennies à même leur salaire. Leur patron, lui, a bénéficié de congés de cotisations et de délais de paiement permis par la loi, étalés sur cinq ans, puis sur dix ans.

Au moment de payer la part qu’il a ainsi pu étaler dans le temps, il trouve un moyen «légal» pour céder ses actions à un tiers dont la solvabilité est douteuse. Celui-ci se place inévitablement sous la protection de la loi et le tour est joué, ce sont les retraités qui paieront la note en voyant leur rente amputée de 30 % pour le reste de leurs jours.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, M. Pierre Fitzgibbon, le ministre des Finances, M. Éric Girard et le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, M. Jean Boulet, auraient dû se pencher sur les clauses obscures de cette transaction que Retraite Québec qualifie d’«immorale, mais légale», mais ils ne l’ont pas fait.

On a souligné souvent que le régime de retraite des employés de Groupe Capitales Médias accusait un déficit de solvabilité de 65 millions $ si on y mettait fin immédiatement. Mais pourquoi devrait-on y mettre fin?

S’il se poursuivait et que les cotisations continuaient à être perçues et versées au compte, le régime était tout à fait viable et présentait même un surplus de fonctionnement de 5 millions $ (chiffres en date de la dernière évaluation actuarielle).

Les nouveaux repreneurs des journaux du Groupe Capitales Médias ne sont pas tenus de poursuivre le régime, même s’il est viable. Ce devrait pourtant être une condition essentielle de cette transaction, d’autant plus que les repreneurs bénéficieront de l’aide financière du principal créancier de GCM, le gouvernement du Québec lui-même. Au nom d’une transaction rapide, les retraités sont tout simplement floués.

Les employés et les syndicats forment donc une coopérative pour tenter de sauver les emplois actuels. Louable initiative! Pourtant, encore là, on laisse tomber les retraités. On oublie que ce sont eux qui ont négocié les conditions dont les employés actuels bénéficient et qui ont payé les cotisations syndicales de ceux qui, aujourd’hui, les rejettent du revers de la main. C’est aussi «immoral, mais légal» que la douteuse transaction à l’origine de ce désastre.

Il est inconcevable de voir un régime de retraite bien administré et en bonne santé être largué pour permettre à une élite de se soustraire à ses obligations financières sur le dos d’honnêtes travailleurs qui ont, eux, payé toute leur part d’un régime dont ils devraient pouvoir bénéficier en toute quiétude. Ce sont donc près de mille retraités et leurs familles qui auront à subir les conséquences de cette situation inacceptable en voyant leurs revenus amputés d’un tiers dès le premier jour de février et jusqu’à leur décès.

Quand on accumule les réductions de rentes des retraités de la White Birch, de Sears, de Resolu et maintenant des journaux du Groupe Capitales Médias, on constate l’échec ou le manque de volonté de nos décideurs et de nos institutions envers les citoyens qu’ils ont pourtant juré de défendre et qui sont aussi leurs électeurs.

Prenons soin de nos aînés! Prévoyez votre retraite en investissant dans votre régime! Pour les retraités de CGM, c’est plutôt: essayez d’avoir encore un peu foi en la justice, vendez votre maison, coupez dans vos médicaments et mourez rapidement! Et bonne année 2020!

Roger Pozier

Trois-Rivières