Bondieuseries et autres zones de confort

OPINIONS / Forcément, une joute s’annonce à la suite à la lettre d’opinion de Richard Rivard (Le Nouvelliste, le 15 janvier 2020) qui commente les propos de Ghislain Parent en rogne, je caricature un peu, contre les bondieuseries – le terme utilisé – prodiguées supposément aux enfants avec le cours d’Éthique et culture religieuse, que le gouvernement se prépare à abolir.

Je ne connais pas ce cours en profondeur mais celles et ceux qui l’ont contesté depuis toujours déploraient, par exemple, une absence majeure, une omission capitale, soit celle de ne croire en rien, c’est-à-dire d’être athée ou, au mieux, agnostique. De là, l’emploi du terme «bondieuseries» par monsieur Parent.

Que valent les religions?, demande en substance monsieur Richard Rivard dans sa lettre joliment intitulée «Quand même!», publiée quelques jours plus tard. En tout cas, celui-ci entre autres écrit: «Je ne suis pas certain que ‘‘le siècle des Lumières’’, tel que compris par le professeur Parent, réussisse à tout expliquer de l’être humain».

Justement, je suis de ceux que le siècle des Lumières, le 18e siècle, passionne un peu depuis quelques années, m’étant mis à lire des biographies et des études au sujet de l’un de ces «champions», Denis Diderot, qui l’a traversé presque d’un bout à l’autre, naissant en 1713 pour mourir en 1784 et, selon moi, s’en prenant davantage à la dévotion maladive, voire destructrice, qu’à la religion elle-même.

Quoi qu’il en soit et bien qu’agnostique, je voue un profond respect pour celles et ceux qui croient en cet «ami imaginaire», pour emprunter la formule souvent utilisée de nos jours, et je voudrais tant que mes proches disparus soient en sa compagnie quelque part au cœur d’une planète chaude et confortable.

Et parce que monsieur Rivard dans sa lettre évoque ce penseur, je veux ici directement citer Mircea Éliade, auteur de cette jolie formule: «Qu’est-ce que la capacité d’apprendre, sinon un aspect de l’éternité?»

Il est incontestablement enrichissant de comprendre toutes ces mécaniques mentales et symboliques conduisant aux innombrables croyances (plutôt que bondieuseries…) qui ont occupées et occupent encore tant de personnes au sein desquelles elles trouvent un certain confort.

La vie pose une énigme; soyons respectueux des réponses que chacun y trouve. Dans le film Les Invasions barbares de Denys Arcand, une religieuse glisse ces mots à Rémy, mourant, qui ne sait trop ce qu’il y a de l’autre côté: «Accepte le mystère», lui dit-elle.

Réjean Martin

Trois-Rivières