L'auteur de cette lettre reproche au maire de Shawinigan, Michel Angers, son attitude face aux critiques d'une citoyenne de Shawinigan sur le contrôle des insectes piqueurs
L'auteur de cette lettre reproche au maire de Shawinigan, Michel Angers, son attitude face aux critiques d'une citoyenne de Shawinigan sur le contrôle des insectes piqueurs

Bien mal avisé l’élu qui menace ses concitoyens

OPINION / En réaction à la lettre de Michel Angers, maire de Shawinigan, intitulée «Contrôle des insectes piqueurs: une mise au point s’impose», publiée dans notre édition du 4 juillet dernier.

Le 2 juillet dernier, une citoyenne de Shawinigan, Chantal Caron, exprimait son opinion dans le journal Le Nouvelliste au sujet de l’administration du programme de «contrôle des insectes piqueurs» dans sa ville. Dans la lettre en question, on sent très bien l’exaspération de cette citoyenne envers le premier magistrat de la Ville.

Le 3 juillet, à la suite de cette lettre d’opinion, le maire Angers a fortement réagi en répliquant aussi par une lettre d’opinion dans laquelle il lui fait des menaces à peine voilées. À trois reprises, il précise qu’il n’acceptera pas qu’on l’accuse, qu’on insinue ou qu’on diffame... Il en rajoute en précisant qu’il «espère que c’est la dernière fois qu’elle le fera.»

Sinon quoi?

Les politiciens sont-ils rendus à ne plus tolérer la critique?

Selon Me Alain-Claude Desforges: «Dans l’affaire juridique Landry et al. contre Dumont (2012 QCCS 2769), l’honorable juge Dominique Landry s’exprime ainsi, résumant la situation qui est faite aux hommes politiques ou aux personnes publiques: “La jurisprudence retient en effet qu’une personne qui exerce des activités publiques et politiques doit manifester un niveau de tolérance plus élevé que celui que l’on retrouve habituellement chez les autres citoyens. Il a aussi été retenu que les politiciens doivent s’attendre à répondre de l’usage qu’ils font des fonds publics.”

Les auteurs Baudouin et Deslauriers se disent d’avis que les personnes publiques, comme les personnages politiques, peuvent s’attendre à être plus attaquées que d’autres et leur mesure de tolérance à l’injure doit, dans leur cas, être plus large.»

De tous les temps, les élus ont été et seront critiqués. C’est cependant la première fois que j’ai connaissance qu’un élu fait des menaces aussi claires à une concitoyenne.

Quand un élu s’aventure dans cette direction, il avance sur une pente glissante. Celle de la tendance vers le totalitarisme, la dictature. Ce qui est très, très mal perçu au Québec. Chose étonnante, alors que plusieurs hommes, au fil des années, ont traité le maire Angers de tous les noms et lui ont prêté toutes les intentions, il n’a pas bronché. Alors que des citoyens masculins de Shawinigan le traitent régulièrement et ouvertement de «menteur pathologique qui ment encore…» sur les réseaux sociaux et autres places publiques, le maire Angers ne réagit toujours pas.

Pourquoi cette réaction aussi forte envers Mme Caron? Sommes-nous revenus aux années 60 où l’Église catholique disait aux femmes quoi dire et ne pas dire? Sommes-nous en Chine, où les citoyens ne peuvent critiquer la gouvernance sous menace de sanctions?

Christiane Bernier

Trois-Rivières