Banc d’école ou siège d’auto

Commentaires relatifs à la suggestion de M. Claude Beaulieu, président de la Commission scolaire des Draveurs, ayant trait au permis de conduire des jeunes décrocheurs.

Le décrochage est un problème criant et les solutions en place sont inefficaces. L’idée de M. Beaulieu consiste à exiger le diplôme du cinquième secondaire avant l’obtention d’un permis de conduire. La suggestion peut sembler sévère à prime abord mais elle a tout de même le mérite de susciter la réflexion sur ce privilège de poser les mains sur un volant.

Doit-on accorder cette faveur à un jeune de 16 ans? Déjà à 14 ou 15 ans, il avait décidé trop tôt de se lancer sur le marché du travail, à la recherche d’une jobine temporaire pour l’achat d’une planche à roulettes, sur laquelle il va passer la moitié de ses temps libres. Puis, à son seizième anniversaire, appuyé mollement par ses parents, il va probablement emprunter pour l’achat d’une bagnole. On sait fort bien que trop souvent hélas, il va vivre au crochet de l’État pour un bon bout de temps. Un mauvais départ dans la vie avec une note rouge au budget; ce même mot qui, au lieu d’être considéré comme un outil, est plutôt vu tel un irritant. Bien sûr, les cas d’exception sont multiples et nombre de décrocheurs pourraient être considérés positivement.

Tout récemment, un groupe de six experts en milieu universitaire ont pondu un document pour présenter 10 approches susceptibles d’inciter, les garçons surtout, à poursuivre leurs cours. Toutefois, un seul item énoncé (le dernier) fait appel aux parents. Ceux-ci pourtant devraient être aux premières loges pour lutter contre le décrochage scolaire de leurs rejetons. À moins qu’on se fiche absolument que ceux-ci soient incapables d’écrire deux mots sans faire une faute. Pourront-ils multiplier 4 et 3 sans compter sur leurs doigts et faire le lien entre un mètre et un millimètre? Quelle est la fonction de Justin Trudeau au pays? La France est-elle la capitale de Paris?

Le problème actuel réside dans le fait qu’il y a pénurie de main-d’œuvre même dans les emplois de base si bien que les jeunes sont sollicités au salaire minimum ou pas. Pour plusieurs, la tentation est forte. Il revient d’abord aux parents de faire entendre raison à cette jeunesse que l’on souhaite instruite et donc au-dessus de l’ignorance crasse.

Roger Matteau

Shawinigan